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RAAI Formation
Lecture de plan industriel · cours 14 sur 18 · 9 min de lecture

Tolérances géométriques

• Expliquer pourquoi une cote ne suffit pas à définir une pièce
• Reconnaître les symboles des quatre familles de tolérances géométriques (ISO 1101) : forme, orientation, position, battement
• Lire un cadre de tolérance et savoir si la flèche vise une surface ou un axe
• Identifier une référence (ISO 5459) et dessiner la zone de tolérance
• Décrire le contrôle d'une planéité et d'une perpendicularité sur marbre

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Une cote ne dit rien de la forme

Reprenez l'épaisseur de la plaque du SV-40 : 15 ±0,2. Une plaque voilée comme une tuile peut mesurer 15,1 partout au pied à coulisse. Elle est dans la cote… et pourtant, posée sur le bâti, elle bascule et ne porte que sur deux coins. Une cote dimensionnelle contrôle des distances entre deux points. Elle ne dit rien de la forme (plat, rond, droit), de l'orientation (d'équerre, parallèle) ni de la position (centré, aligné).

Schéma : Tolérances géométriques

Sur le SV-40, trois défauts de ce genre suffiraient à rendre la pièce inutilisable tout en respectant chaque cote : une face d'appui creusée qui fait basculer le support, un alésage penché qui coince l'axe, une rainure décentrée qui ne s'engage plus sur son guide. Aucun pied à coulisse ne les verrait.

Même chose pour l'alésage Ø20H7. Il peut être parfaitement au diamètre et percé de travers. L'axe qu'il reçoit ne sera plus vertical, le vérin tirera en biais et l'ensemble s'usera vite. Pour empêcher ces défauts, le dessinateur ajoute des tolérances géométriques. Leur langage est fixé par la norme ISO 1101.

2. Les familles et leurs symboles

Chaque tolérance géométrique a un symbole. Le tableau en tête de chapitre les range par famille. Retenez surtout la logique : ce qu'on contrôle, et s'il faut une référence pour le contrôler.

Forme

L'élément comparé à une forme parfaite, sans référence : rectitude (une ligne droite), planéité (un plan), circularité (un cercle, section par section), cylindricité (un cylindre sur toute sa longueur).

Orientation

L'élément comparé à une référence, sans se soucier de la distance : parallélisme, perpendicularité, inclinaison (angle quelconque donné).

Position

L'élément doit être au bon endroit : localisation (un trou à sa place), coaxialité ou concentricité (deux cylindres sur le même axe, deux cercles sur le même centre), symétrie (une rainure centrée).

Battement

Ce que voit un comparateur quand la pièce tourne sur son axe de référence : battement simple (dans une section) ou battement total (sur toute la surface). Typique des arbres tournés.

Profils

Forme d'une ligne ou d'une surface quelconque, par exemple une came. Ce n'est pas une famille à part : sans référence, l'ISO 1101 les range dans la forme ; avec référence, dans l'orientation ou la position.

3. Le cadre de tolérance

Une tolérance géométrique s'écrit dans un cadre rectangulaire divisé en cases, lues de gauche à droite.

  1. Case 1Le symbole : ce qu'on contrôle. Sur le SV-40, ⊥ pour la perpendicularité de l'alésage, le parallélogramme pour la planéité de la face d'appui.
  2. Case 2La valeur de la zone, en millimètres. Précédée du signe Ø, elle décrit une zone cylindrique ; sans Ø, une zone entre deux plans ou deux droites parallèles.
  3. Case 3 et suivantesLa ou les références, par des lettres majuscules. Absentes pour une tolérance de forme. S'il y en a plusieurs, la première citée est la référence principale.

Le cadre de la perpendicularité du SV-40 se lit donc : « l'axe de l'alésage doit être perpendiculaire à la référence A, dans une zone cylindrique de diamètre 0,02 ». Le cadre de planéité se lit : « la face d'appui doit être plane à 0,05 près ».

4. Surface ou axe : tout se joue sur la flèche

Le cadre est relié à l'élément tolérancé par une ligne terminée par une flèche. L'endroit où arrive cette flèche change complètement le sens de la tolérance.

Coupe A-A agrandie du SV-40 : la cote Ø20H7 avec le cadre de perpendicularité Ø0,02 par rapport à A dont la flèche prolonge la ligne de cote, le cadre de planéité 0,05 dont la flèche touche la face inférieure loin de toute cote, et le triangle noirci de la référence A sous la face d'appui
Même flèche, deux sens : dans le prolongement de la cote Ø20, elle vise l'axe ; posée sur le contour, elle vise la surface.

Flèche sur la surface

La flèche touche le contour ou une ligne d'attache, nettement décalée de toute ligne de cote. C'est la surface elle-même qui est tolérancée. Exemple : la planéité de la face inférieure du SV-40.

Flèche sur l'axe

La flèche est dans le prolongement de la ligne de cote d'un diamètre ou d'une largeur. C'est alors l'axe ou le plan médian de cet élément qui est tolérancé. Exemple : la perpendicularité de l'alésage Ø20H7.

5. Les références

Une référence est une surface ou un axe réel choisi comme base de mesure. Selon l'ISO 5459, on la marque par un triangle noirci posé sur la surface (ou sur son prolongement), relié à une lettre majuscule encadrée. Sur le SV-40, le triangle est sous la face d'appui et la lettre est A.

Pourquoi cette face ? Parce que c'est elle qui se pose sur le bâti. Le dessinateur choisit toujours comme référence la surface qui positionne la pièce dans son montage. Au contrôle, la référence est matérialisée par un élément quasi parfait : ici, le marbre sur lequel on pose la pièce. Si la surface de référence n'est pas bonne, toutes les mesures qui s'y rapportent sont fausses ; c'est pour cela que la face A a elle-même une tolérance de planéité.

6. La zone de tolérance, dessinée

Toute tolérance géométrique définit une zone : un espace dans lequel l'élément réel doit se trouver entièrement. Tant qu'il y reste, peu importe sa forme exacte.

À gauche, la face d'appui ondulée, défauts très grossis, comprise entre deux droites parallèles distantes de 0,05. À droite, le SV-40 posé sur le plan A, l'axe réel de l'alésage légèrement courbe contenu dans un cylindre étroit de diamètre 0,02 perpendiculaire à A
Planéité : deux plans parallèles distants de 0,05. Perpendicularité : un cylindre de Ø0,02 perpendiculaire à A, sur toute la hauteur de l'alésage.

Planéité 0,05

La face d'appui doit tenir entre deux plans parallèles distants de 0,05 mm. Ces plans peuvent s'orienter comme on veut : on cherche seulement la plus petite « épaisseur » qui contient la surface.

Perpendicularité Ø0,02 / A

L'axe réel de l'alésage doit tenir dans un cylindre de diamètre 0,02 mm, dont l'axe est perpendiculaire à A, sur toute la longueur de l'alésage, soit 35 mm. Sur cette hauteur, l'axe ne peut donc « pencher » que de 0,02 mm au plus.

Ordre de grandeur

0,02 mm, c'est environ le quart de l'épaisseur d'un cheveu. Un tel défaut ne se voit pas à l'œil et ne se mesure pas au pied à coulisse. Il faut un montage de contrôle soigné.

7. Traduire un cadre en phrase

Devant un cadre inconnu, ne cherchez pas à tout comprendre d'un coup. Traduisez-le en une phrase, toujours construite de la même façon : quel élément (la flèche), doit faire quoi (le symbole), dans quelle zone (la valeur, avec ou sans Ø), par rapport à quoi (les lettres).

  1. 1.Suivez la flèche jusqu'à l'élément : surface ou axe ?
  2. 2.Nommez le symbole : planéité, perpendicularité, localisation…
  3. 3.Lisez la valeur : zone entre deux plans, ou cylindre si elle commence par Ø.
  4. 4.Cherchez chaque lettre sur le plan : quel triangle noirci, sur quelle surface ?
  5. 5.Écrivez la phrase complète sur votre fiche : c'est elle qui guidera le contrôle.

Deux règles complètent la lecture. D'abord, sauf indication contraire, chaque exigence se contrôle séparément : l'alésage doit être à Ø20H7 et perpendiculaire à A ; respecter l'une ne dispense pas de l'autre. Ensuite, les surfaces qui n'ont pas de cadre ne sont pas libres : sur le SV-40, la lettre K de « ISO 2768-mK » leur applique une tolérance géométrique générale, plus large, donnée par l'ISO 2768-2.

8. Comment on contrôle à l'atelier

Les contrôles géométriques se font sur un marbre : une table en granit ou en fonte rectifiée, très plane, qui sert de plan de référence. On y déplace un comparateur, un instrument à aiguille qui n'indique pas une dimension mais un écart par rapport à un réglage de départ.

  1. PlanéitéRetourner la pièce, face A vers le haut, sur trois vérins réglables. Régler trois points éloignés à la même lecture, puis promener le comparateur sur toute la face. L'écart entre la plus haute et la plus basse lecture doit rester inférieur ou égal à 0,05.
  2. PerpendicularitéPoser la pièce sur le marbre par sa face A, qui simule la référence. Glisser dans l'alésage un mandrin cylindrique ajusté. Lire le comparateur contre le mandrin à deux hauteurs, dans deux directions à 90°, et ramener l'écart à la hauteur de l'alésage.
  3. Au laboratoirePour des tolérances très fines, ou en cas de doute, la machine à mesurer tridimensionnelle palpe des points sur la pièce et calcule directement le défaut.
Comparateur au 1/100
Lit 0,01 mm : seulement 5 fois plus fin que 0,05 ; utile pour dégrossir, mais la règle du dixième demande le 1/1000 pour décider près de la limite
Comparateur au 1/1000
Lit 0,001 mm : nécessaire pour une perpendicularité de 0,02
Pied à coulisse au 1/50
Lit 0,02 mm : ne contrôle aucune tolérance géométrique

Un détail de calcul revient souvent pour la perpendicularité : le mandrin dépasse de l'alésage, et l'on mesure sur une hauteur plus grande que les 35 mm tolérancés. Si les deux points de lecture sont distants de 70 mm et que le comparateur indique 0,03 d'écart, l'inclinaison ramenée à 35 mm vaut la moitié, soit 0,015. Si le mandrin est simplement penché, sans autre défaut, cette valeur reste sous 0,02 : la pièce est conforme. En cas de doute, c'est le laboratoire qui tranche.

Si une pièce sort d'une tolérance géométrique, ne la retouchez pas de votre propre initiative. Isolez-la, notez la valeur mesurée et prévenez : un défaut de perpendicularité vient souvent du montage d'usinage, et toute la série risque d'être touchée.

Une pièce dans ses cotes peut être non conforme à cause d'une tolérance géométrique. Contrôlez les deux.
Regardez où arrive la flèche : dans le prolongement de la cote, c'est l'axe ; sur le contour, c'est la surface.
Le Ø devant la valeur n'est pas décoratif : il transforme une zone plate en zone cylindrique.
Au contrôle, posez toujours la pièce sur sa référence. Mesurer la perpendicularité de l'alésage en posant la pièce sur le dessus du bossage donne un résultat sans valeur.

9. Pour aller plus loin

À retenir
  • Une cote contrôle une distance ; une tolérance géométrique contrôle la forme, l'orientation ou la position.
  • Quatre familles (ISO 1101) : forme, orientation, position, battement ; les profils (ligne, surface) vont en forme sans référence, en orientation ou en position avec.
  • Le cadre se lit : symbole, valeur de la zone (Ø = zone cylindrique), références.
  • Flèche dans le prolongement de la cote = axe ; flèche sur le contour = surface.
  • Référence (ISO 5459) : triangle noirci et lettre encadrée ; sur le SV-40, la face d'appui A.
  • Planéité 0,05 : entre deux plans à 0,05. Perpendicularité Ø0,02/A : axe dans un cylindre de Ø0,02 perpendiculaire à A.

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