Perspectives et croquis à main levée
À la fin de ce chapitre, vous saurez :
• reconnaître une perspective isométrique et une perspective cavalière, et dire à quoi elles servent ;
• connaître leurs règles de tracé : angles des axes et coefficients de réduction ;
• tracer à main levée un cercle en vraie grandeur ou en ellipse ;
• réaliser un croquis coté propre, en étapes, pour transmettre une information à l'atelier.
1. Pourquoi une perspective ?
Les vues en projection orthogonale décrivent une pièce avec précision, mais il faut les assembler dans sa tête pour « voir » l'objet. Une perspective, elle, montre la pièce en volume en un seul dessin, comme une photo simplifiée. Elle se comprend au premier regard, même par quelqu'un qui ne sait pas lire un plan. En dessin technique, on utilise surtout deux perspectives, faciles à tracer parce que leurs lignes parallèles restent parallèles : l'isométrique et la cavalière.
Une perspective ne remplace pas les vues : les formes y sont déformées, les angles droits n'y sont plus droits, et on y cote mal. Elle les accompagne. Sur un plan, une petite perspective dans un coin aide le lecteur à comprendre la pièce avant d'aborder les vues. Sur une notice ou une fiche de poste, elle montre une position de montage mieux que n'importe quelle vue.
2. La perspective isométrique
Dans la perspective isométrique, on regarde la pièce en biais, de façon à voir trois faces de la même manière : le dessus, l'avant et un côté. « Isométrique » veut dire « même mesure » : les trois directions principales de la pièce (longueur, largeur, hauteur) sont représentées de façon identique.
Les axes
Les longueurs
Les cercles
Seules les longueurs parallèles aux axes se mesurent en vraie grandeur. La pente de la nervure du SV-40, qui n'est parallèle à aucun axe, ne se reporte pas directement : on place ses deux extrémités en mesurant le long des axes (20 mm vers la droite, 20 mm vers le bas), puis on les relie. C'est la règle générale pour toute ligne oblique : on construit ses extrémités, jamais sa longueur.
3. La perspective cavalière
Dans la perspective cavalière, on garde une face de la pièce en vraie grandeur, exactement comme dans la vue de face. La profondeur est ajoutée par des lignes obliques appelées fuyantes, tracées en général à 45°. Pour que la pièce ne paraisse pas trop allongée, on réduit les longueurs portées sur les fuyantes par un coefficient de réduction, le plus souvent 0,5 : une profondeur de 80 mm est dessinée sur 40 mm.
Son grand avantage : tout ce qui est sur la face avant garde sa vraie forme. Un cercle de face reste un cercle, que l'on trace au compas ou au gabarit. On choisit donc comme face avant celle qui porte le plus de formes circulaires ou compliquées. Son défaut : la pièce paraît un peu déformée, et les cercles portés par les autres faces deviennent des ovales délicats à tracer.
4. Les perspectives à l'atelier
Vous rencontrerez les perspectives partout où il faut être compris vite : sur les notices de montage et les vues éclatées, sur les fiches de poste pour montrer comment brider une pièce, sur les modes opératoires de contrôle, dans les catalogues de fournisseurs. Les logiciels de conception les produisent automatiquement à partir du modèle 3D. Vous-même, vous en ferez à main levée pour expliquer une idée à un collègue ou au bureau d'études.
5. Le croquis coté à main levée
Un croquis est un dessin fait à main levée, sans règle ni compas, qui respecte les proportions de la pièce sans être à l'échelle. Coté proprement, il transmet une information technique aussi sûrement qu'un plan. C'est un outil quotidien : relever une pièce cassée pour la refaire, signaler au bureau d'études une interférence au montage, décrire une cale ou un gabarit à fabriquer, préparer un réglage.
Il faut peu de matériel : un crayon à mine moyenne (HB), une gomme, et de préférence une feuille à petits carreaux, qui guide les traits droits et aide à garder les proportions. Il existe aussi du papier à trame triangulaire pour les perspectives isométriques. Le croquis se fait en vues, comme un plan, ou en perspective quand la forme s'y prête.
- 1.Observer et choisir les vues. Regardez la pièce ou le plan, choisissez la vue de face la plus parlante et les vues nécessaires, en respectant la méthode E. Prévoyez la place des cotes autour de chaque vue.
- 2.Tracer l'encombrement en léger. Un rectangle aux bonnes proportions pour chaque vue, et les axes principaux. Pour le SV-40 en face : un rectangle environ trois fois et demie plus long que haut (120 pour 35).
- 3.Placer les formes en léger. Les grands volumes d'abord (plaque, bossage), les détails ensuite (nervure, trous, rainure). Tant que c'est léger, on corrige sans gommer.
- 4.Repasser au bon type de trait. Contours vus en fort, formes cachées en interrompu, axes en mixte. Les traits de construction restent légers ou sont gommés.
- 5.Coter. Toutes les dimensions nécessaires à la fabrication, en millimètres, avec des lignes d'attache et des flèches nettes. Une cote relevée sur une pièce se mesure avec un instrument : pied à coulisse, réglet, jauge. Jamais à l'œil.
- 6.Compléter. Un titre, la matière si elle est connue, la quantité, votre nom, la date, et la mention « croquis, cotes en mm ». Un croquis sans auteur ni date ne peut pas être vérifié.
Tracer un cercle à main levée
6. Un croquis en perspective : la méthode de la boîte
Pour montrer une pièce en volume à main levée, la méthode la plus sûre consiste à l'enfermer d'abord dans une boîte aux dimensions de son encombrement, puis à sculpter cette boîte. Voici comment dessiner le SV-40 en isométrique, en une dizaine de minutes.
- 1.Les axes. Un trait vertical, et deux traits à 30° de l'horizontale qui partent de son pied, l'un vers la gauche, l'autre vers la droite.
- 2.La boîte. Reportez en léger la longueur (120), la largeur (80) et la hauteur totale (35) le long des axes, et fermez la boîte par des parallèles. Tout le reste tiendra dedans.
- 3.La plaque. Tracez le plan du dessus de la plaque à 15 mm du bas : il découpe la boîte en une plaque et un espace vide au-dessus.
- 4.Le bossage. Au centre du dessus de la plaque, dessinez un losange de 40 de côté sur les axes à 30°, et l'ellipse qui s'y inscrit. Recommencez 20 mm plus haut, puis reliez les deux ellipses par deux traits verticaux tangents. Ajoutez l'ellipse de l'alésage sur le dessus.
- 5.La nervure et les trous. Placez les extrémités de la nervure par des mesures le long des axes, puis reliez-les. Dessinez les ellipses des lamages et du taraudage sur le dessus de la plaque.
- 6.Repasser. Repassez en trait fort les seules arêtes et contours vus. En perspective, on ne dessine pas les formes cachées, sauf s'il faut absolument les montrer.
Isométrique ou cavalière ? Choisissez la cavalière quand une face porte l'essentiel des formes, surtout des cercles : vous la dessinez comme une vue de face et vous ajoutez la profondeur. Choisissez l'isométrique quand les trois faces sont aussi importantes, ou quand les cercles sont sur le dessus, comme sur le SV-40.
7. Pour aller plus loin
- Une perspective aide à comprendre la pièce ; elle accompagne les vues, elle ne les remplace pas.
- Isométrique : verticales verticales, horizontales à 30°, longueurs sans réduction en dessin courant, cercles en ellipses.
- Cavalière : face avant en vraie grandeur, fuyantes à 45°, profondeurs multipliées par 0,5.
- On ne mesure jamais une perspective, et une oblique se construit par ses extrémités.
- Croquis coté : vues choisies, encombrement léger, formes, repassage, cotes mesurées, titre, nom et date.
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