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RAAI Formation
Usinage · cours 5 sur 13 · 10 min de lecture

Travailler en sécurité à la machine-outil

Reconnaître les dangers d'un tour et d'un centre d'usinage, utiliser les protections et les EPI adaptés, évacuer les copeaux sans se blesser, vérifier le poste avant de lancer un cycle et réagir correctement à un incident.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Une machine qui ne prévient pas

Une machine-outil à commande numérique enchaîne ses mouvements seule, vite et avec une force considérable. Elle ne voit pas votre main. Elle ne sent pas qu'une manche s'est prise dans le mandrin. Elle exécute le programme, point. Les accidents graves à la machine-outil arrivent rarement en pleine production, porte fermée : ils arrivent pendant un réglage, un nettoyage, un dépannage rapide, quand quelqu'un se dit « ça ira plus vite comme ça ».

Schéma : centre d'usinage vu de face, porte coulissante ouverte ; broche, porte-outil et fraise, buse d'arrosage, étau avec cales et pièce, copeaux projetés, pupitre avec arrêt d'urgence ; sept dangers numérotés en orange (happement, coupure, projections, éjection, choc, bruit, fluides) et trois protections repérées en bleu (porte à interverrouillage, arrêt d'urgence, vitre et carters)
Chaque zone de la machine a son danger. Les protections en bleu ne servent que si elles restent en place et en état.

Ce chapitre ne remplace pas la formation à la sécurité de votre entreprise ni les consignes affichées au poste : ce sont elles qui font foi. Il vous donne les raisons de ces consignes. Quand on sait pourquoi une règle existe, on a moins envie de la contourner.

2. Les dangers, un par un

Le happement

Tout ce qui tourne peut attraper : mandrin, pièce, broche, outil, copeau long enroulé. Un gant, une manche, des cheveux, un bracelet sont saisis en une fraction de seconde, et la main ou le bras suit. C'est le danger le plus grave au tour.

La coupure

Les arêtes des plaquettes et des fraises coupent comme des lames. Les copeaux aussi, surtout les longs rubans d'acier du tournage, et les bavures (petites lèvres de métal laissées au bord d'une surface usinée) sur les pièces.

Les projections

Copeaux chauds, éclats de plaquette cassée, gouttes de liquide de coupe. L'œil est la cible la plus exposée : un copeau dans l'œil peut coûter la vue.

L'éjection

Une pièce mal serrée dans un mandrin ou un étau peut être arrachée par l'effort de coupe ou par la force centrifuge, et partir comme un projectile. La clé de mandrin oubliée dessus aussi.

Le choc outil

Un outil qui rencontre l'étau, un mors ou la pièce à vitesse rapide, à cause d'une origine fausse ou d'un mauvais correcteur. Il casse, projette des morceaux et peut abîmer la broche.

Le bruit

Le bruit abîme l'oreille sans douleur et sans retour possible. La surdité professionnelle s'installe lentement, sur des années.

Les fluides

Le liquide de coupe irrite la peau et ses brouillards se respirent. Les huiles entières (huiles de coupe pures, non mélangées à l'eau) peuvent aussi prendre feu si l'outil chauffe fort, par exemple après une rupture ou un manque d'arrosage.

Les copeaux particuliers

Certains copeaux fins de titane ou de magnésium, rencontrés en aéronautique, peuvent s'enflammer. Leur stockage et leur nettoyage suivent des consignes spécifiques du site.

3. Les protections de la machine

Une machine moderne est conçue pour que le danger reste derrière une paroi. Encore faut-il que cette paroi soit fermée et que personne ne l'ait neutralisée.

Les carters

Les capots fixes qui enferment la zone de travail, les courroies, les transmissions. On ne les démonte pas : c'est le travail de la maintenance, machine consignée.

La porte à interverrouillage

Un interverrouillage est un dispositif qui empêche le cycle de démarrer tant que la porte est ouverte, et qui garde la porte fermée tant que la broche tourne. Sa vitre est faite pour arrêter les projections : une vitre fêlée ou rayée se signale.

L'arrêt d'urgence

Le bouton rouge « coup de poing » sur fond jaune. Il arrête les mouvements dangereux au plus vite. Il reste enfoncé jusqu'à ce qu'on le réarme volontairement, et le réarmement ne relance pas la machine : il faut ensuite une remise en marche distincte.

Le mode réglage

Certaines machines autorisent des mouvements porte ouverte, à vitesse réduite et bouton maintenu. Ce mode est protégé par une clé ou un code et réservé aux personnes formées et autorisées, en général le régleur.
Ne neutralisez jamais une sécurité : aimant sur un contact de porte, cale sous une pédale, fil ponté. Ce n'est pas une astuce, c'est une faute grave qui met en danger vous et les autres.
L'arrêt d'urgence n'est pas un arrêt de fin de journée. On l'emploie quand il y a un danger, ou quand le fonctionnement devient anormal et qu'il faut tout arrêter immédiatement.
Vérifiez que vous savez où se trouve l'arrêt d'urgence de chaque machine sur laquelle vous travaillez, et celui des machines voisines.

4. La tenue au poste

Les EPI (équipements de protection individuelle) complètent les protections de la machine ; ils ne les remplacent pas. Ils sont fournis par l'employeur et adaptés aux risques du poste. Votre part : les porter, les entretenir et signaler ceux qui sont abîmés.

Schéma : deux colonnes ; à gauche, cinq éléments à porter, cochés en vert (lunettes de sécurité, chaussures de sécurité, protection auditive selon l'affichage, vêtement près du corps, cheveux longs attachés) ; à droite, quatre interdits près d'une broche en rotation, barrés en rouge (gants, bagues et montre, main dans la zone de coupe, soufflette dirigée vers soi) ; en bas, le rappel que les gants servent machine arrêtée
Le gant protège de la coupure quand la machine est arrêtée ; près d'une broche qui tourne, il devient le premier maillon de l'accident.

Le cas des gants mérite qu'on s'y arrête, car il paraît contraire au bon sens. Pour manipuler une pièce coupante, changer une plaquette ou toucher au liquide de coupe, machine arrêtée, les gants adaptés sont utiles. Mais près d'une pièce ou d'un outil en rotation, un gant est saisi bien plus facilement qu'une main nue, et il ne se déchire pas : il entraîne la main. D'où la règle : pas de gants près d'une broche en rotation.

Pour le bruit, la réglementation française fixe des seuils d'exposition moyenne sur une journée de huit heures : à partir de 80 dB(A), l'employeur met des protections auditives à disposition ; à partir de 85 dB(A), leur port est obligatoire. L'affichage du poste vous dit ce qui s'applique. Un bouchon mal inséré protège très peu : faites-vous montrer la bonne façon de le mettre.

5. Les copeaux

Les copeaux sont la cause de blessures la plus banale à l'atelier. Ils sont chauds, tranchants, et ils se cachent : sous la pièce, dans les mors, autour de l'outil.

  1. 1.Arrêter la broche et attendre l'arrêt complet avant d'ouvrir. Au tour, un copeau long qui s'enroule autour de la pièce se retire machine arrêtée, jamais en marche.
  2. 2.Tirer les copeaux au crochet, une tige métallique recourbée prévue pour cela. Les petits copeaux se retirent au pinceau ou à la balayette. Jamais à la main nue, même « juste celui-là ».
  3. 3.Nettoyer les surfaces d'appui avant de poser une nouvelle pièce : mors, cales, table. Un copeau sous la pièce fausse la mise en position et donc la cote.
  4. 4.Vider le bac ou le convoyeur à copeaux avant qu'il déborde, en respectant le tri prévu par le site (acier, aluminium, titane ne vont pas dans le même conteneur).

La soufflette

L'air comprimé projette les copeaux et le liquide de coupe à grande vitesse, vers les yeux, vers les collègues, et dans les glissières de la machine. Si votre site autorise la soufflette, jamais vers vous, jamais vers quelqu'un, jamais pour nettoyer vos vêtements ou votre peau. Beaucoup d'ateliers préfèrent l'aspirateur à copeaux.

6. Avant de lancer un cycle

La plupart des chocs outil et des éjections se préparent avant l'appui sur le bouton de départ cycle. Quelques secondes de vérification évitent des heures d'arrêt, un outil cassé, parfois une blessure.

Schéma : à gauche, la liste des six vérifications avant chaque cycle (bon programme, bons outils et correcteurs, pièce serrée et clé retirée, zone dégagée, porte fermée et carters en place, premier passage surveillé) ; à droite, les quatre temps de la réaction à un incident en cases fléchées (arrêter, ne pas réarmer, alerter, noter et attendre) et trois gestes interdits
À gauche ce qui évite l'incident, à droite ce qui évite de l'aggraver.

La pièce est-elle bien tenue ?

Mors de l'étau serrés, pièce en appui, clé retirée. Au tour, la vitesse maximale gravée sur le mandrin n'est pas dépassée, et la pression de serrage est celle prévue pour les mors montés.

Rien ne traîne ?

Une clé, une cale, un chiffon oublié sur la table devient un projectile dès que la broche tourne, ou provoque un choc au premier déplacement rapide.

Le bon programme, la bonne origine ?

Le numéro de programme correspond au contrat de phase, l'origine et les correcteurs sont ceux de cette pièce et de ces outils. C'est l'objet des chapitres suivants.

Le premier passage est-il surveillé ?

Pour une nouvelle série ou après un changement d'outil : potentiomètre d'avance réduit, éventuellement en bloc à bloc, porte fermée, main près de l'arrêt.

Chez Méca-Garonne, Lucas lance le premier axe SV-40-02 d'une série sur le tour à commande numérique. Avant de fermer la porte, il fait le tour de la zone de travail des yeux : la clé du mandrin est encore posée sur le chariot. Il la range à sa place, sur son support hors de la machine. Karim, le régleur, lui a appris à faire ce geste à chaque fois, même quand il est sûr de lui.

7. En cas d'incident

Un bruit anormal, une fumée, une pièce qui bouge dans l'étau, un outil qui casse : la réaction doit être la même, et elle doit devenir un réflexe.

  1. 1.Arrêter : arrêt de cycle ou suspension d'avance pour un problème de coupe ; arrêt d'urgence s'il y a un danger pour une personne ou un risque de casse.
  2. 2.Ne pas réarmer, ne pas relancer pour « voir ce que ça fait ». Ne pas mettre les mains dans la machine pour dégager un outil coincé ou une pièce arrachée.
  3. 3.Alerter : le chef d'équipe ou le régleur. En cas de blessure, le sauveteur secouriste du travail (SST) et les secours selon la consigne affichée.
  4. 4.Noter et attendre : l'heure, ce que vous avez vu et entendu, la pièce concernée sur la fiche suiveuse. La reprise se fait sur décision, après contrôle de la machine, de l'outil et des dernières pièces.

Un jeudi, pendant le taraudage M8 d'un SV-40, Lucas entend un claquement sec. Il appuie sur l'arrêt de cycle, ne rouvre pas tout de suite et appelle Nadia, la chef d'équipe. Le taraud est cassé dans le trou. Karim vérifie l'outil suivant et le programme, Sophie contrôle les pièces faites depuis le dernier contrôle bon, et la pièce au taraud cassé part en rebut, isolée et tracée. Lucas signale aussi qu'il avait trouvé le fond du perçage encombré de copeaux sur la pièce précédente : c'est cette information qui a permis de trouver la cause.

Un presque-accident (un événement qui aurait pu blesser et qui, par chance, ne l'a pas fait) se signale aussi. C'est la meilleure occasion de corriger une situation avant qu'elle fasse un blessé.
Un choc outil, même léger, se déclare toujours : la broche ou le porte-outil ont pu être touchés, et les pièces suivantes risquent d'être fausses.
Une blessure, même petite, se fait soigner et se déclare. Une coupure de copeau non soignée peut s'infecter.

8. Pour aller plus loin

À retenir
  • Happement, coupure, projections, éjection, choc outil, bruit, fluides : chaque zone de la machine a son danger.
  • Porte fermée, carters en place, arrêt d'urgence repéré ; aucune sécurité neutralisée, jamais.
  • Lunettes, chaussures, protection auditive selon l'affichage, vêtements ajustés, cheveux attachés ; pas de gants ni de bijoux près d'une broche en rotation.
  • Copeaux : broche arrêtée, au crochet ou au pinceau, jamais à la main, jamais la soufflette vers soi.
  • Incident : arrêter, ne pas réarmer, alerter, noter et attendre la décision.

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