Travailler en sécurité à la machine-outil
Reconnaître les dangers d'un tour et d'un centre d'usinage, utiliser les protections et les EPI adaptés, évacuer les copeaux sans se blesser, vérifier le poste avant de lancer un cycle et réagir correctement à un incident.
1. Une machine qui ne prévient pas
Une machine-outil à commande numérique enchaîne ses mouvements seule, vite et avec une force considérable. Elle ne voit pas votre main. Elle ne sent pas qu'une manche s'est prise dans le mandrin. Elle exécute le programme, point. Les accidents graves à la machine-outil arrivent rarement en pleine production, porte fermée : ils arrivent pendant un réglage, un nettoyage, un dépannage rapide, quand quelqu'un se dit « ça ira plus vite comme ça ».
Ce chapitre ne remplace pas la formation à la sécurité de votre entreprise ni les consignes affichées au poste : ce sont elles qui font foi. Il vous donne les raisons de ces consignes. Quand on sait pourquoi une règle existe, on a moins envie de la contourner.
2. Les dangers, un par un
Le happement
La coupure
Les projections
L'éjection
Le choc outil
Le bruit
Les fluides
Les copeaux particuliers
3. Les protections de la machine
Une machine moderne est conçue pour que le danger reste derrière une paroi. Encore faut-il que cette paroi soit fermée et que personne ne l'ait neutralisée.
Les carters
La porte à interverrouillage
L'arrêt d'urgence
Le mode réglage
4. La tenue au poste
Les EPI (équipements de protection individuelle) complètent les protections de la machine ; ils ne les remplacent pas. Ils sont fournis par l'employeur et adaptés aux risques du poste. Votre part : les porter, les entretenir et signaler ceux qui sont abîmés.
Le cas des gants mérite qu'on s'y arrête, car il paraît contraire au bon sens. Pour manipuler une pièce coupante, changer une plaquette ou toucher au liquide de coupe, machine arrêtée, les gants adaptés sont utiles. Mais près d'une pièce ou d'un outil en rotation, un gant est saisi bien plus facilement qu'une main nue, et il ne se déchire pas : il entraîne la main. D'où la règle : pas de gants près d'une broche en rotation.
Pour le bruit, la réglementation française fixe des seuils d'exposition moyenne sur une journée de huit heures : à partir de 80 dB(A), l'employeur met des protections auditives à disposition ; à partir de 85 dB(A), leur port est obligatoire. L'affichage du poste vous dit ce qui s'applique. Un bouchon mal inséré protège très peu : faites-vous montrer la bonne façon de le mettre.
5. Les copeaux
Les copeaux sont la cause de blessures la plus banale à l'atelier. Ils sont chauds, tranchants, et ils se cachent : sous la pièce, dans les mors, autour de l'outil.
- 1.Arrêter la broche et attendre l'arrêt complet avant d'ouvrir. Au tour, un copeau long qui s'enroule autour de la pièce se retire machine arrêtée, jamais en marche.
- 2.Tirer les copeaux au crochet, une tige métallique recourbée prévue pour cela. Les petits copeaux se retirent au pinceau ou à la balayette. Jamais à la main nue, même « juste celui-là ».
- 3.Nettoyer les surfaces d'appui avant de poser une nouvelle pièce : mors, cales, table. Un copeau sous la pièce fausse la mise en position et donc la cote.
- 4.Vider le bac ou le convoyeur à copeaux avant qu'il déborde, en respectant le tri prévu par le site (acier, aluminium, titane ne vont pas dans le même conteneur).
La soufflette
6. Avant de lancer un cycle
La plupart des chocs outil et des éjections se préparent avant l'appui sur le bouton de départ cycle. Quelques secondes de vérification évitent des heures d'arrêt, un outil cassé, parfois une blessure.
La pièce est-elle bien tenue ?
Rien ne traîne ?
Le bon programme, la bonne origine ?
Le premier passage est-il surveillé ?
Chez Méca-Garonne, Lucas lance le premier axe SV-40-02 d'une série sur le tour à commande numérique. Avant de fermer la porte, il fait le tour de la zone de travail des yeux : la clé du mandrin est encore posée sur le chariot. Il la range à sa place, sur son support hors de la machine. Karim, le régleur, lui a appris à faire ce geste à chaque fois, même quand il est sûr de lui.
7. En cas d'incident
Un bruit anormal, une fumée, une pièce qui bouge dans l'étau, un outil qui casse : la réaction doit être la même, et elle doit devenir un réflexe.
- 1.Arrêter : arrêt de cycle ou suspension d'avance pour un problème de coupe ; arrêt d'urgence s'il y a un danger pour une personne ou un risque de casse.
- 2.Ne pas réarmer, ne pas relancer pour « voir ce que ça fait ». Ne pas mettre les mains dans la machine pour dégager un outil coincé ou une pièce arrachée.
- 3.Alerter : le chef d'équipe ou le régleur. En cas de blessure, le sauveteur secouriste du travail (SST) et les secours selon la consigne affichée.
- 4.Noter et attendre : l'heure, ce que vous avez vu et entendu, la pièce concernée sur la fiche suiveuse. La reprise se fait sur décision, après contrôle de la machine, de l'outil et des dernières pièces.
Un jeudi, pendant le taraudage M8 d'un SV-40, Lucas entend un claquement sec. Il appuie sur l'arrêt de cycle, ne rouvre pas tout de suite et appelle Nadia, la chef d'équipe. Le taraud est cassé dans le trou. Karim vérifie l'outil suivant et le programme, Sophie contrôle les pièces faites depuis le dernier contrôle bon, et la pièce au taraud cassé part en rebut, isolée et tracée. Lucas signale aussi qu'il avait trouvé le fond du perçage encombré de copeaux sur la pièce précédente : c'est cette information qui a permis de trouver la cause.
8. Pour aller plus loin
- Happement, coupure, projections, éjection, choc outil, bruit, fluides : chaque zone de la machine a son danger.
- Porte fermée, carters en place, arrêt d'urgence repéré ; aucune sécurité neutralisée, jamais.
- Lunettes, chaussures, protection auditive selon l'affichage, vêtements ajustés, cheveux attachés ; pas de gants ni de bijoux près d'une broche en rotation.
- Copeaux : broche arrêtée, au crochet ou au pinceau, jamais à la main, jamais la soufflette vers soi.
- Incident : arrêter, ne pas réarmer, alerter, noter et attendre la décision.
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