Aller au contenu
RAAI Formation
Usinage · cours 8 sur 13 · 9 min de lecture

Préparer les outils : porte-outils, plaquettes et correcteurs

Reconnaître les porte-outils d'un tour et d'un centre d'usinage, lire la désignation ISO d'une plaquette de tournage, monter une plaquette, mesurer les jauges d'un outil sur banc ou en machine, et régler les correcteurs de géométrie et d'usure sans commettre les erreurs classiques.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. La machine ne connaît que des nombres

Un programme décrit le trajet de la pointe de l'outil. Or la machine ne pilote pas la pointe : elle pilote sa broche ou sa tourelle. Pour savoir où se trouve la pointe, elle a besoin de connaître les dimensions de chaque outil monté. Ces dimensions s'appellent les jauges, et elles sont rangées dans le tableau des correcteurs. Un outil parfaitement affûté, avec une jauge fausse, fait une pièce fausse, ou un choc.

Schéma : à gauche, centre d'usinage avec broche, attachement à cône, mandrin à pince et fraise Ø16 ; plan de jauge au nez de broche, longueur L jusqu'à la pointe et rayon R = 8 ; à droite, tour vu de dessus avec pièce, tourelle et porte-plaquette ; point de référence de la tourelle et jauges X et Z jusqu'à la pointe de la plaquette
Sur le centre, la longueur se mesure depuis le plan de jauge du nez de broche ; au tour, les jauges X et Z partent d'un point de référence de la tourelle.

2. Les porte-outils

La tourelle du tour

Un disque qui pivote pour présenter l'outil demandé. Chaque station porte un outil, fixé dans un logement ou un bloc porte-outil. Un outil changé de station change de numéro : le programme ne le trouvera plus.

Le porte-plaquette

Au tour, le corps d'outil qui reçoit une plaquette amovible. Il a sa propre désignation, qui doit correspondre à la plaquette : même forme, même taille, même angle de dépouille.

L'attachement à cône

Sur un centre d'usinage, le porte-outil se loge dans la broche par un cône, qui le centre, et il est tiré par un dispositif de serrage interne. Les familles les plus courantes sont les cônes dits 7/24 et les cônes courts creux HSK. Un porte-outil ne va que dans une broche de sa famille et de sa taille.

Le mandrin à pince

Il serre les outils à queue cylindrique (forets, fraises) dans une pince fendue, poussée par un écrou. Chaque pince couvre une petite plage de diamètres : on prend celle qui correspond à la queue de l'outil, jamais « une qui serre à peu près ».
Le cône du porte-outil et la broche doivent être propres et secs : un copeau ou une trace d'huile sur le cône fait tourner l'outil de travers, et le trou sort hors cote.
La longueur de sortie de l'outil hors du mandrin est celle de la fiche de réglage. Plus long, il fléchit et vibre ; plus court, le mandrin risque de toucher la pièce.
Un porte-outil tombé au sol ne se remonte pas sans contrôle : le cône a pu être marqué.

3. Lire une désignation de plaquette

Les plaquettes de tournage carbure sont désignées par un code international, décrit par la norme ISO 1832. Chaque position du code a un sens. Prenons la plaquette d'ébauche de l'axe SV-40-02 : CNMG 12 04 08, souvent écrite CNMG 120408.

Schéma : plaquette CNMG 12 04 08 vue de dessus, losange à 80° avec trou central, cercle inscrit Ø12,7 en pointillés, arête d'environ 12,9, angle de 80° et loupe sur le rayon de bec 0,8 ; vue de côté avec épaisseur 4,76 et flancs à 90° (dépouille 0°) ; à droite, les sept éléments du code dans des cases : C forme, N dépouille, M tolérance, G fixation, 12 arête, 04 épaisseur, 08 rayon de bec
Quatre lettres pour la forme et la fabrication, trois nombres pour les dimensions. Les lettres qui suivent éventuellement viennent du fabricant.
C
forme : losange (rhombique) à 80°
N
angle de dépouille 0° : plaquette dite négative
M
classe de tolérance sur les dimensions de la plaquette
G
trou de fixation cylindrique, brise-copeaux sur les deux faces
12
longueur d'arête, arrondie au millimètre inférieur (12,9 mm ; cercle inscrit 12,7 mm)
04
épaisseur 4,76 mm
08
rayon de bec 0,8 mm

Lecture de CNMG 12 04 08, position par position

Deux points méritent une explication. Une plaquette à dépouille nulle (N) a des flancs droits : c'est le porte-plaquette qui l'incline pour créer la dépouille dont l'arête a besoin. En échange, elle peut être retournée : avec la lettre G, elle a des brise-copeaux sur ses deux faces, donc deux coins à 80° utilisables par face. Ensuite, le rayon de bec : un grand rayon renforce la pointe, utile en ébauche ; un petit rayon exerce moins d'effort sur une pièce fine. Sur l'axe, la finition se fait avec une autre plaquette, de même rayon 0,8 mais de nuance et de brise-copeaux prévus pour la finition.

4. Monter une plaquette

  1. 1.Vérifier la référence de la plaquette et sa nuance (le grade de carbure indiqué sur la boîte) : elles doivent être celles de la fiche de réglage.
  2. 2.Nettoyer le logement au pinceau ou au chiffon. Vérifier l'état de la sous-plaquette, la plaque d'appui en carbure placée sous la plaquette : écaillée, elle se change.
  3. 3.Poser la plaquette bien à plat, contre ses appuis latéraux, arête neuve dans la bonne position.
  4. 4.Serrer avec la clé fournie, au couple indiqué par le fabricant quand il est donné. Un serrage excessif casse la vis ou fissure la plaquette.
  5. 5.Contrôler du doigt et à l'œil qu'il n'y a pas de jour sous la plaquette. Puis remettre à zéro l'usure de cet outil si c'est la règle du poste (voir plus loin).

Tourner la plaquette pour présenter une arête neuve s'appelle indexer. L'arête neuve est à peu près au même endroit que l'ancienne, mais pas au centième près : après une indexation, la première pièce se contrôle.

5. Les jauges d'outil

Au centre d'usinage

La longueur L va du plan de jauge, au nez de broche, jusqu'à la pointe de l'outil. Le rayon R est la moitié du diamètre de coupe : la commande en a besoin pour décaler la trajectoire quand le programme contourne une forme.

Au tour

Les jauges X et Z situent la pointe de l'outil par rapport à un point de référence de la tourelle. S'y ajoutent le rayon de bec et l'orientation de la pointe, que la commande utilise pour usiner juste les chanfreins et les rayons.

6. Mesurer : sur banc ou en machine

Le préréglage sur banc se fait hors de la machine, sur un appareil de mesure optique où l'on monte le porte-outil complet. On y lit L et R, parfois transmis directement à la commande. Son intérêt : la machine continue de produire pendant qu'on prépare les outils de la série suivante. La mesure en machine utilise un capteur fixé dans la zone de travail, par contact ou par faisceau laser, ou, à défaut, l'accostage de l'outil sur une surface connue.

Au tour, une méthode simple reste très utilisée : la passe d'essai.

  1. 1.Avec l'outil à mesurer, charioter une courte longueur sur la pièce, puis dégager en Z sans toucher à X.
  2. 2.Arrêter la broche et mesurer le diamètre obtenu au micromètre, par exemple 30,42 mm.
  3. 3.Saisir X30,42 dans la page de mesure de l'outil : la commande calcule sa jauge X.
  4. 4.Pour Z, effleurer la face dont la position est connue (souvent la face d'origine) et saisir sa coordonnée.

7. Géométrie et usure

Chaque ligne du tableau des correcteurs a deux parties. La géométrie contient les jauges de l'outil tel qu'il a été mesuré au réglage. L'usure contient les petites corrections apportées pendant la série, quand l'arête s'use ou que la pièce dérive. La commande additionne les deux. On ne retouche donc jamais la géométrie pour corriger une cote : on corrige l'usure, et l'on garde une trace de ce qu'on a fait.

Schéma : écran simplifié des correcteurs d'un tour, quatre lignes (ébauche, finition, gorge, tronçonnage) avec géométrie X et Z, rayon et usure X et Z ; la ligne 02 de finition surlignée avec une usure X de −0,008 ; à droite, le calcul : visé Ø19,987, mesuré Ø19,995, écart +0,008 au diamètre, usure X de T02 passée de 0,000 à −0,008 ; en bas, quatre erreurs classiques : mauvaise ligne, mauvaise colonne, signe inversé, virgule décalée
On corrige l'usure de l'outil qui a fait la cote, dans le sens qui annule l'écart, et d'un écart mesuré, pas estimé.

Chez Méca-Garonne, Lucas contrôle au micromètre le Ø20 g6 de l'axe. La tolérance va de 19,980 à 19,993 ; on vise le milieu, 19,987. Il mesure 19,995 : la pièce est trop grosse de 0,008 au diamètre, et hors tolérance. Il l'isole, prévient Karim, et ensemble ils corrigent l'usure X de l'outil de finition T02 de −0,008 : la pointe se rapprochera de l'axe. Sur ce tour, X est au diamètre et l'usure X aussi ; sur d'autres commandes, la correction se saisit au rayon. C'est à vérifier sur chaque machine, une fois pour toutes, avec le régleur.

Au centre d'usinage, le raisonnement est le même avec la longueur. Sur la machine de Méca-Garonne, les longueurs sont comptées positivement depuis le plan de jauge. Si un lamage sort à 11,06 de profondeur au lieu de 11, l'outil descend 0,06 trop bas : on ajoute +0,06 à l'usure de sa longueur, la machine le considère plus long et le fait descendre d'autant moins.

8. Numéro d'outil et numéro de correcteur

Le programme appelle un outil et un correcteur. Sur beaucoup de tours, l'appel s'écrit T0202 : les deux premiers chiffres désignent la station de tourelle, les deux derniers la ligne de correcteur. Sur beaucoup de centres d'usinage au format ISO, l'outil est appelé par T puis changé par M06, et ses correcteurs sont activés par H pour la longueur et D pour le rayon. D'autres commandes procèdent autrement. La règle d'atelier la plus sûre, appliquée chez Méca-Garonne : le numéro de correcteur est le numéro de l'outil. L'outil 5 utilise le correcteur 5, point.

9. Les erreurs classiques

Le mauvais correcteur : un outil appelé avec le correcteur d'un autre prend les jauges de l'autre. Sur un centre, c'est souvent un choc au premier déplacement en Z.
La jauge en signe inversé : sur une machine où L est positive, une longueur saisie −112,350 au lieu de 112,350 envoie la pointe environ 225 mm trop bas. Relisez chaque signe.
La mauvaise colonne : une correction tapée en géométrie au lieu de l'usure écrase la mesure de l'outil.
La correction à l'envers : corriger de +0,008 une pièce trop grosse de 0,008 double l'écart. Pièce trop grosse en extérieur : on rapproche l'outil de l'axe.
La virgule décalée : −0,08 au lieu de −0,008, et la pièce suivante part au rebut.
L'usure oubliée : après un changement de plaquette, une ancienne usure laissée en place décale l'arête neuve. Suivez la règle du poste : remise à zéro, puis contrôle de la première pièce.

Une correction d'usure se fait sur une mesure, pas sur une impression. Et elle se note : sur la fiche suiveuse ou le support prévu, avec l'outil, la valeur et la raison. Une série de corrections toutes dans le même sens raconte une usure qui avance ; une correction brutale raconte un incident à signaler.

10. Pour aller plus loin

À retenir
  • Tourelle et porte-plaquette au tour ; attachement à cône et mandrin à pince au centre. Cônes et broches propres, sorties conformes à la fiche.
  • CNMG 12 04 08 : losange 80°, dépouille 0°, tolérance M, trou et brise-copeaux deux faces, arête 12, épaisseur 4,76, rayon de bec 0,8.
  • Jauges : L et R au centre, X et Z au tour, mesurées sur banc ou en machine.
  • Géométrie = l'outil mesuré ; usure = les corrections de série. On corrige l'usure, sur une mesure, et on le note.
  • Même numéro pour l'outil et son correcteur ; relire signe, colonne et virgule avant de valider.

Vous êtes élève ? Testez-vous sur ce chapitre

8 questions corrigées, chacune avec son explication. Les trois premières se font tout de suite, sans compte ; la suite, avec une classe abonnée ou un compte personnel.

Faire les 3 premières questions

Votre classe ne l’utilise pas ? Avec un établissement abonné, tout s’ouvre et votre formateur voit où chacun en est. Envoyez-lui ce cours :