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RAAI Formation
Usinage · cours 12 sur 13 · 9 min de lecture

Percer, tarauder, aléser

Choisir et mettre en œuvre le foret, le taraud, l'alésoir ou la barre d'alésage, la fraise à lamer et l'outil à chanfreiner, calculer un diamètre de perçage avant taraudage et une avance de taraudage, et ordonner les opérations des trous du SV-40.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Un trou n'est jamais qu'un trou

Le support SV-40 porte trois sortes de trous. Quatre trous Ø11 lamés Ø18, pour des vis qui le fixent sur le bâti. Un taraudage M8 pour une vis de réglage. Un alésage Ø20H7, qui reçoit l'axe d'articulation avec un ajustement précis. Chacun demande une suite d'outils différente, parce qu'un foret seul ne sait faire ni un filet, ni un diamètre au centième, ni un fond plat. Ce chapitre suit ces outils un par un, avant de les remettre dans l'ordre pour le SV-40.

Schéma : foret hélicoïdal vu de côté à l'échelle 1 mm = 7 px pour D = 20, queue, goujures, listels, arêtes de coupe, angle de pointe de 118° tracé exactement et longueur de pointe ≈ 0,3 × D ; à droite, un foret à pointer à 90° et l'amorce qu'il laisse dans la pièce
La pointe du foret n'est pas plate : avec 118°, elle dépasse de 0,3 fois le diamètre, soit environ 6 mm pour un foret de 20.

2. Le foret hélicoïdal

Le foret hélicoïdal est l'outil de perçage courant. Sa queue est serrée dans le mandrin ou la pince. Son corps porte deux goujures en hélice, qui font remonter les copeaux, et deux listels, de fines bandes au diamètre du foret qui le guident dans le trou. Les deux arêtes de coupe forment la pointe.

Pour l'acier, l'angle de pointe usuel des forets en acier rapide est de 118°. Beaucoup de forets carbure ont un angle plus ouvert, 140° par exemple : lisez la fiche de l'outil. Cet angle a une conséquence pratique : la pointe dépasse. Chaque arête fait 59° avec l'axe, donc la longueur de la pointe vaut le rayon divisé par tan 59°.

longueur de pointe = (D ÷ 2) ÷ tan 59° ≈ 0,3 × D (pour 118°)

Pour un foret Ø6,8 : 3,4 ÷ tan 59° ≈ 2,04 mm. Quand le plan demande un perçage « profondeur 12 », il parle en général de la profondeur à plein diamètre. Si le programme positionne la pointe du foret, il faut descendre à 12 + 2,04 ≈ 14 mm. Le contrat de phase précise la convention : vérifiez-la.

Le foret à pointer

Un outil court et rigide qui fait une petite amorce conique. Le foret qui suit démarre au bon endroit au lieu de glisser sur la surface. Souvent à 90°, il peut faire en même temps le chanfrein d'entrée.

Les conditions de coupe

On calcule N comme pour toute rotation : N = 1000 × Vc ÷ (π × D). Pour un foret Ø6,8 et une Vc de 25 m/min donnée par le fabricant : N ≈ 1 170 tr/min. L'avance se donne en mm/tr.

Le perçage profond

Au-delà de quelques diamètres de profondeur, les copeaux se tassent dans les goujures, le foret chauffe et casse. On utilise un cycle avec débourrage : le foret remonte régulièrement pour vider les goujures (par exemple G83 sur de nombreuses commandes ISO).
Un foret qui crie, des copeaux qui bleuissent ou qui ne sortent plus : arrêt. Un foret cassé dans un trou borgne peut rendre la pièce irrécupérable.
Un foret ne fait ni un diamètre précis ni un trou parfaitement droit : il suit l'amorce, et il peut dévier. La précision vient des outils suivants.
Les forets carbure à arrosage par le centre exigent l'arrosage prévu : sans lui, ils cassent vite.

3. Tarauder

Tarauder, c'est usiner un filet à l'intérieur d'un trou. On perce d'abord à un diamètre plus petit que le diamètre nominal du filet, puis le taraud creuse le filet. Pour les filetages métriques à pas usuel, le diamètre de perçage se calcule simplement.

d = D − P (d : diamètre de perçage ; D : diamètre nominal ; P : pas, en mm)
M6 × 1
6 − 1 = 5 → foret Ø5
M8 × 1,25
8 − 1,25 = 6,75 → foret normalisé Ø6,8
M10 × 1,5
10 − 1,5 = 8,5 → foret Ø8,5

Ce calcul vaut pour les tarauds qui coupent. Les tarauds à refouler, qui forment le filet en déformant la matière sans copeau, demandent un perçage plus grand : suivez alors le tableau du fabricant.

Dans un trou borgne (qui ne débouche pas), le perçage doit aller plus loin que le filet. Le taraud a une entrée conique : ses premiers filets ne sont pas complets. Pour obtenir 10 mm de filet complet, il doit descendre un peu plus bas, et il faut encore de la place sous lui pour les copeaux et pour la pointe du foret. Sur le SV-40 : filet utile 10, perçage Ø6,8 à 12 mm à plein diamètre, plus la pointe.

Schéma : coupe à l'échelle 1 mm = 18 px d'un taraudage borgne M8 × 1,25 ; filet complet sur 10 mm, filets incomplets de l'entrée du taraud, perçage Ø6,8 à 12 mm à plein diamètre puis pointe à 118° d'environ 2 mm ; cote du pas de 1,25 ; encadré d = D − P pour M6, M8, M10, et avance de taraudage Vf = 1,25 × 400 = 500 mm/min
Le filet utile, le perçage et la pointe n'ont pas la même profondeur : un taraud qui touche le fond casse.

Sur machine, on utilise un taraud machine. Pour les trous borgnes, ses goujures sont hélicoïdales et remontent les copeaux ; pour les trous débouchants, une entrée spéciale pousse les copeaux devant lui. À chaque tour, le taraud doit avancer d'exactement un pas. Sur un centre d'usinage moderne, le taraudage synchronisé (ou rigide) lie la rotation de la broche et l'avance : la commande garantit la relation, puis inverse la rotation au fond pour ressortir au même pas. Sans synchronisation, on monte le taraud dans un porte-taraud à compensation, qui absorbe les petits écarts. Le cycle de taraudage s'appelle par exemple G84 sur de nombreuses commandes ISO.

avance = pas par tour donc Vf (mm/min) = P × N ; pour M8 à 400 tr/min : Vf = 1,25 × 400 = 500 mm/min

Le contrôle se fait au tampon fileté : le côté ENTRE doit se visser à la main sur les 10 mm de filet utile, le côté N'ENTRE PAS ne doit pas s'engager de plus de deux tours environ (voir le chapitre sur les calibres). Soufflez et nettoyez le trou avant : un copeau suffit à bloquer le tampon.

Une avance qui ne vaut pas exactement le pas arrache le filet ou casse le taraud. Vérifiez l'unité de F : 1,25 en mm/tr, ou 500 en mm/min à 400 tr/min.
Un taraud cassé ne se retire pas en forçant. Arrêt, pièce isolée, régleur prévenu.
Le taraudage demande une lubrification adaptée ; un taraud sec s'use et grippe.

4. Aléser : alésoir ou barre d'alésage

Aléser, c'est amener un trou existant à un diamètre précis, avec un bon état de surface. Le Ø20H7 du SV-40 (20,000 à 20,021, Ra 0,8) ne peut pas sortir d'un foret. Deux familles d'outils le permettent.

L'alésoir machine

Un outil à plusieurs lèvres droites ou hélicoïdales, au diamètre fixe de la tolérance (ici Ø20 H7). Il n'enlève qu'une petite surépaisseur : de l'ordre de quelques dixièmes au diamètre, par exemple 0,3 mm après un perçage à 19,7. Il est simple et rapide, mais il suit le trou : il ne corrige ni sa position ni sa rectitude. Et son diamètre ne se règle pas : usé, il fait des trous plus petits.

La barre d'alésage

Une barre qui porte une plaquette, comme un outil de tour intérieur. Au tour, on la corrige avec l'usure en X. En fraisage, on la monte dans une tête d'alésage à réglage fin. Elle redresse un trou mal placé ou tordu, et son diamètre se règle au micron. En finition, elle enlève aussi quelques dixièmes. Elle est plus lente à régler, et craint les vibrations : on la choisit la plus courte et la plus grosse possible.

Chez Méca-Garonne, le Ø20H7 est fait à l'alésoir machine. C'est justement parce qu'un alésoir s'use sans pouvoir se corriger que l'absence de durée de vie dans la gamme a produit des alésages trop petits en fin de lot. Pour un tel outil, la seule correction possible est le changement.

L'alésoir tourne toujours dans le sens de coupe, y compris à la sortie. Le faire tourner à l'envers l'émousse et raye l'alésage.
Trop de surépaisseur, l'alésoir force et chauffe ; trop peu, il frotte au lieu de couper et polit mal. Respectez le diamètre de préperçage du contrat de phase.
Un alésoir travaille en général avec une avance plus forte et une vitesse plus faible qu'un foret du même diamètre : prenez les valeurs de la fiche outil, pas celles du perçage.

5. Lamer et chanfreiner

Un lamage est un perçage à fond plat qui loge la tête d'une vis. Les trous Ø11 du SV-40 reçoivent des vis à tête cylindrique à six pans creux (CHc) M10, dont la tête mesure Ø16 et 10 mm de haut. Le lamage Ø18 laisse un jeu autour de la tête ; sa profondeur de 11 mm place le dessus de la tête 1 mm sous la surface. Il se fait avec une fraise à lamer guidée par un pilote dans le trou Ø11, ou, sur centre d'usinage, avec une fraise qui contourne le cercle Ø18. Sous le lamage, il reste 15 − 11 = 4 mm de matière : c'est cette portée que la vis serre.

Le chanfreinage casse l'arête d'entrée d'un trou. Il enlève la bavure, protège le premier filet d'un taraudage, guide le tampon de contrôle et l'axe au montage. On le fait avec le foret à pointer à 90° ou avec une fraise à chanfreiner. Sur le Ø20H7, on chanfreine avant l'alésoir, pour ne pas repousser de bavure dans l'alésage fini.

6. Application : les trous du SV-40

Voici une suite d'opérations possible pour les trous de la face dessus, en un seul bridage sur le centre d'usinage. L'ordre réel est celui du contrat de phase ; celui-ci montre la logique.

  1. 1.Pointer tous les trous : quatre Ø11, le M8 et le Ø20.
  2. 2.Percer Ø11 les quatre trous, débouchants dans la plaque de 15.
  3. 3.Lamer Ø18 à 11 mm de profondeur.
  4. 4.Percer Ø6,8 à 12 mm à plein diamètre pour le M8, avec débourrage si nécessaire.
  5. 5.Percer Ø18, puis Ø19,7 pour l'alésage : il reste 0,3 mm au diamètre pour l'alésoir.
  6. 6.Chanfreiner l'entrée du M8 et celle du Ø20.
  7. 7.Tarauder M8 en cycle synchronisé, avance égale au pas.
  8. 8.Aléser Ø20H7 à l'alésoir machine, puis contrôler au tampon lisse et à l'alésomètre.
Schéma : coupe à l'échelle 1 mm = 12 px d'un trou Ø11 lamé Ø18 profondeur 11 dans la plaque de 15, avec la tête de vis CHc M10 Ø16 × 10 en pointillés, 4 mm de portée sous la tête ; à droite, les cinq opérations de l'alésage Ø20H7 : pointer, percer Ø18, percer Ø19,7, chanfreiner, alésoir machine Ø20 H7
Du plus grossier au plus fin : chaque outil prépare le suivant, et l'alésoir ne fait que la dernière finition.

7. Pour aller plus loin

À retenir
  • Foret : pointe à 118° pour l'acier (acier rapide), longueur de pointe ≈ 0,3 × D ; pointer d'abord, débourrer en perçage profond.
  • Perçage avant taraudage : d = D − P ; M6 → 5, M8 → 6,8, M10 → 8,5.
  • Taraudage : avance = pas par tour ; en borgne, le perçage va plus loin que le filet ; contrôle au tampon fileté.
  • Alésoir : quelques dixièmes de surépaisseur, diamètre fixe, toujours en rotation dans le sens de coupe ; barre d'alésage : redresse et se règle.
  • Lamage Ø18 profondeur 11 pour CHc M10 ; chanfrein d'entrée avant l'alésoir.

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