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RAAI Formation
Usinage · cours 13 sur 13 · 9 min de lecture

Obtenir le bon état de surface

Relier la rugosité aux conditions de coupe, calculer la rugosité théorique laissée en tournage, choisir des conditions de finition pour obtenir Ra 0,8 sur l'axe Ø20g6, contrôler la surface et réagir quand elle se dégrade.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Ra, Rz : de quoi parle-t-on ?

Une surface usinée garde la trace de l'outil : des stries, des crêtes et des creux de quelques microns. L'état de surface décrit ce relief. Le chapitre de métrologie « Angles, unités et conformité d'une pièce » a présenté le Ra, l'écart moyen du profil par rapport à sa ligne moyenne. On rencontre aussi le Rz : la hauteur entre le plus haut pic et le plus profond creux sur une longueur de base, que les appareils donnent en général en moyenne sur cinq longueurs. Rz est toujours nettement plus grand que Ra. Ce chapitre explique d'où vient ce relief et comment le maîtriser à la machine.

Schéma : deux profils théoriques de tournage calculés, arcs de rayon r = 0,8 mm espacés de l'avance f ; en haut f = 0,1 mm/tr, Rt ≈ 1,56 µm et Ra ≈ 0,39 µm ; en bas f = 0,2 mm/tr, Rt ≈ 6,25 µm et Ra ≈ 1,56 µm ; échelle horizontale 1 mm = 1 000 px, verticale 1 µm = 16 px
Le bec de l'outil imprime un arc à chaque tour ; entre deux arcs, il reste une crête. Doubler l'avance multiplie sa hauteur par quatre.

Sur les pièces de Méca-Garonne, deux surfaces demandent Ra 0,8 : l'alésage Ø20H7 du support SV-40 et le Ø20 g6 de l'axe SV-40-02, qui tourne dans cet alésage. Les autres surfaces du support sont à Ra 3,2, ce qu'un fraisage correct obtient sans effort particulier. Ra 0,8, en revanche, se prépare.

2. En tournage : l'avance et le rayon de bec

La pointe d'une plaquette de tournage n'est pas vive : elle est arrondie selon un rayon de bec r, souvent 0,4, 0,8 ou 1,2 mm. À chaque tour de la pièce, l'outil avance de f, l'avance par tour. Il imprime donc dans la matière une suite d'arcs de rayon r, espacés de f. Entre deux arcs, il reste une petite crête. Sa hauteur, la rugosité théorique, se calcule.

Rt ≈ f² ÷ (8 × r) hauteur des crêtes
Ra ≈ f² ÷ (32 × r) f et r en mm, résultat en mm, × 1 000 pour l'avoir en µm
  1. 1.Exemple : f = 0,1 mm/tr et r = 0,8 mm. On élève l'avance au carré : 0,1 × 0,1 = 0,01.
  2. 2.Rt ≈ 0,01 ÷ (8 × 0,8) = 0,01 ÷ 6,4 = 0,00156 mm, soit 1,56 µm.
  3. 3.Ra ≈ 0,01 ÷ (32 × 0,8) = 0,01 ÷ 25,6 = 0,00039 mm, soit 0,39 µm.
  4. 4.Avec f = 0,2 : 0,04 ÷ 25,6 = 0,00156 mm, soit Ra ≈ 1,56 µm. Quatre fois plus, pour une avance seulement doublée.

Deux leçons en sortent. L'avance est au carré : c'est le réglage qui pèse le plus sur la rugosité. Le rayon est au dénominateur : un bec deux fois plus grand divise la rugosité théorique par deux. Mais un grand rayon appuie plus fort sur la pièce et favorise les vibrations, surtout sur une pièce fine ou longue. Certains fabricants proposent aussi des plaquettes dites « wiper », à arête de planage, qui permettent d'augmenter l'avance à rugosité égale : leur emploi suit les données du fabricant.

3. Ce que la réalité ajoute

La formule donne le meilleur cas : un outil neuf, parfaitement rigide, qui coupe net. La rugosité mesurée est presque toujours plus forte. Voici ce qui s'ajoute.

Les vibrations

Porte-à-faux de l'outil ou de la pièce, serrage insuffisant, contre-pointe absente sur une pièce longue : la surface se couvre d'ondulations ou de facettes régulières.

L'arête rapportée

À vitesse de coupe trop basse, de la matière se soude sur l'arête puis s'arrache. La surface paraît mate, déchirée. Remède classique : augmenter Vc.

L'usure

Un bec usé ou ébréché ne trace plus un arc propre. La rugosité augmente peu à peu au fil du lot.

La lubrification

Un arrosage mal dirigé ou un liquide trop dilué favorise le collage et l'échauffement, donc une surface plus rugueuse.

La matière

Un acier très doux et ductile se déchire plus facilement qu'un acier plus dur. Deux coulées d'une même nuance ne se comportent pas toujours tout à fait pareil.

Les copeaux

Un copeau long qui s'enroule autour de la pièce vient rayer la surface finie. Le brise-copeaux de la plaquette doit convenir à l'avance et à la profondeur de passe.

4. En fraisage : avance par dent, concordance, planéité

En fraisage, c'est l'avance par dent fz qui joue le rôle de f : chaque dent laisse sa trace, et plus fz est grande, plus les crêtes sont hautes. Si la fraise a du faux-rond (une dent qui dépasse un peu les autres, par un mauvais serrage ou un cône sale), c'est cette dent qui marque, une fois par tour : la surface devient plus rugueuse que prévu.

Le mode de travail compte aussi. En concordance, la dent attaque à épaisseur maximale et sort à épaisseur nulle : elle ne frotte pas, et la surface est en général meilleure qu'en opposition, sur une machine rigide et sans jeu comme un centre d'usinage à commande numérique.

Ne confondez pas rugosité et planéité. La rugosité est le relief à l'échelle du micron, sur quelques millimètres. La planéité est la forme de toute la face, à l'échelle de la pièce. Une face du SV-40 peut être parfaitement lisse et pourtant bombée : pièce serrée trop fort dans l'étau qui reprend sa forme au desserrage, pièce qui a chauffé, fraise usée d'un côté. Les remèdes ne sont pas les mêmes : le serrage et la chaleur pour la planéité, les conditions de coupe et l'outil pour la rugosité.

5. Régler la finition de l'axe SV-40-02 pour Ra 0,8

Karim prépare la finition du Ø20 g6 en C35. Il part de la formule, et il se garde une marge pour tout ce que la réalité ajoute.

  1. 1.Plaquette de finition, rayon de bec r = 0,8 mm, nuance et brise-copeaux adaptés à la finition de l'acier.
  2. 2.Avance limite : Ra théorique = 0,8 µm pour f² = 0,0008 × 32 × 0,8 = 0,02048, soit f ≈ 0,143 mm/tr. Au-delà, même la théorie ne passe pas.
  3. 3.Avance choisie : f = 0,1 mm/tr, qui donne Ra théorique ≈ 0,39 µm, deux fois moins que la limite. La marge absorbe l'usure et les petites vibrations.
  4. 4.Vitesse de coupe : celle du fabricant pour cette nuance, par exemple Vc = 200 m/min. Pour Ø20 : N = 1000 × 200 ÷ (π × 20) ≈ 3 183 tr/min. Au tour, on programme souvent la vitesse de coupe constante, avec une limite de fréquence de rotation.
  5. 5.Temps de passe : Vf = 0,1 × 3 183 ≈ 318 mm/min ; sur 90 mm, la finition dure 90 ÷ 318 ≈ 0,28 min, environ 17 secondes.
  6. 6.Arrosage dirigé sur la zone de coupe, et contrôle de la première pièce au rugosimètre.
Schéma : courbes du Ra théorique f² ÷ (32 r) en fonction de l'avance de 0 à 0,25 mm/tr pour des rayons de bec de 0,4, 0,8 et 1,2 mm ; ligne rouge à Ra 0,8 ; point de réglage f = 0,10, r = 0,8, Ra ≈ 0,39 ; avance limite 0,143 mm/tr pour r = 0,8
On ne règle pas sur la limite théorique : on se garde une marge pour l'usure, les vibrations et la matière.

6. Contrôler l'état de surface

Le contrôle viso-tactile

Des plaquettes échantillons de Ra connus, classées par procédé. On compare la pièce à l'échantillon du même procédé (tournage avec tournage), à l'œil et en passant l'ongle en travers des stries. Rapide, utile en cours de série pour repérer une dégradation.

Le rugosimètre

Un palpeur à pointe de diamant parcourt quelques millimètres de surface et calcule Ra. C'est la mesure qui fait foi. Sur une pièce tournée, le palpeur se déplace parallèlement à l'axe, en travers des stries laissées par l'avance.

Pour une mesure juste : surface propre et sèche, sans copeau ni huile ; appareil vérifié sur son étalon de rugosité ; mesure à l'endroit défini par le plan ; deux ou trois mesures à des endroits différents. Notez la valeur sur la fiche de contrôle, comme n'importe quelle cote. Sur l'axe SV-40-02, Sophie mesure 0,52 µm sur la première pièce : conforme, avec une marge confortable.

7. Quand l'état de surface se dégrade

En cours de série, un état de surface qui se dégrade est un signal, au même titre qu'une cote qui dérive. On ne relance pas en espérant que « ça passe ». On observe la surface, parce que chaque cause laisse une signature différente.

Schéma : tableau de diagnostic en trois colonnes, ce que vous voyez, cause probable, première action ; stries régulières → avance trop forte → réduire f ou rayon plus grand ; aspect arraché → arête rapportée → augmenter Vc ; ondulations → vibrations → raccourcir l'outil, reprendre le serrage ; dégradation lente → usure → changer d'arête ; rayures irrégulières → copeaux → brise-copeaux, arrosage
Lire la signature de la surface avant d'agir évite de changer trois réglages au hasard.
  1. 1.Arrêter en fin de cycle et isoler les pièces douteuses depuis le dernier contrôle bon.
  2. 2.Observer la surface et l'arête de la plaquette, à la loupe si possible.
  3. 3.Agir sur une seule chose : changer d'arête est le plus souvent la première action, et elle est permise à l'opérateur. Modifier une avance ou une vitesse, c'est modifier le programme.
  4. 4.Mesurer la pièce suivante au rugosimètre, et noter ce qui a été fait.
Changer les conditions de coupe d'une pièce qualifiée, surtout en aéronautique, demande un accord : même une amélioration. Proposez, ne modifiez pas seul.
Une cote bonne ne garantit pas une surface bonne. Ra 0,8 est une exigence du plan comme une autre ; une pièce à Ra 1,2 est non conforme.
Ne comparez jamais une surface tournée à un échantillon fraisé : la même valeur de Ra n'a pas le même aspect selon le procédé.

Le calculateur Rugosité théorique en tournage donne Rt et Ra pour une avance et un rayon de bec, et l’avance maximale pour viser un Ra.

8. Pour aller plus loin

À retenir
  • En tournage, la rugosité théorique vient du bec : Rt ≈ f² ÷ (8 r), Ra ≈ f² ÷ (32 r), en mm, puis × 1 000 pour les µm.
  • f = 0,1 et r = 0,8 : Rt ≈ 1,56 µm, Ra ≈ 0,39 µm ; doubler f multiplie la rugosité par quatre.
  • La réalité ajoute vibrations, arête rapportée, usure, arrosage, matière et copeaux : on règle avec une marge.
  • En fraisage : avance par dent, faux-rond, concordance ; la planéité est une autre affaire que la rugosité.
  • Contrôle viso-tactile en cours de série, rugosimètre pour la décision ; une surface qui se dégrade se diagnostique avant d'agir.

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