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RAAI Formation
Usinage · cours 7 sur 13 · 11 min de lecture

Mise en position et bridage

Expliquer les six degrés de liberté d'une pièce et la mise en position isostatique, lire les symboles de mise en position et de serrage d'un contrat de phase, et monter une pièce correctement à l'étau, au mandrin, entre mandrin et contre-pointe ou sous brides, en limitant porte-à-faux et vibrations.

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1. Placer, puis tenir

Avant d'usiner, il faut faire deux choses différentes. La mise en position place la pièce toujours au même endroit par rapport à la machine, grâce à des appuis : cales, mors, butées. Le maintien en position, ou serrage, l'empêche ensuite de bouger sous l'effort de coupe. Ce sont deux fonctions distinctes : une pièce bien serrée mais mal posée est fausse ; une pièce bien posée mais mal serrée bouge, ou part.

Schéma : à gauche, un bloc libre avec ses trois translations Tx, Ty, Tz (flèches orange) et ses trois rotations Rx, Ry, Rz (flèches courbes bleues) ; à droite, le même bloc mis en position par six normales bleues numérotées : 1-2-3 sous la face inférieure (appui plan), 4-5 sur la face avant (linéaire), 6 sur la face en bout (ponctuel)
Six mobilités, six normales : trois pour la plus grande face, deux pour la plus longue, une pour le bout.

2. Les six degrés de liberté

Une pièce posée sur un établi peut bouger de six façons indépendantes : glisser selon X, selon Y, selon Z, et tourner autour de chacun de ces trois axes. On appelle ces mobilités les degrés de liberté : trois translations (Tx, Ty, Tz) et trois rotations (Rx, Ry, Rz). Mettre une pièce en position, c'est supprimer les degrés de liberté qui gênent l'usinage, chacun une seule fois.

3. L'isostatisme : 3, 2, 1

Une mise en position est dite isostatique quand chaque degré de liberté est supprimé par un seul point d'appui, ni plus, ni moins. Pour une pièce prismatique comme le SV-40, la répartition classique est 3 + 2 + 1.

Appui plan : 3

Trois points non alignés sur la plus grande surface. Ils suppriment une translation (Tz) et deux rotations (Rx, Ry). C'est la surface de référence principale : elle doit être propre, plane et la plus étendue possible.

Linéaire : 2

Deux points sur une ligne, sur la surface la plus longue perpendiculaire à la première. Ils suppriment une translation et une rotation. À l'étau, c'est souvent le mors fixe.

Ponctuel : 1

Un seul point sur une troisième face, perpendiculaire aux deux autres. Il supprime la dernière translation. C'est la butée, qui permet de replacer chaque pièce de la série au même endroit.

Trop ou trop peu

Avec trop de points sur une même face, la pièce porte sur les uns ou sur les autres selon ses défauts : elle bascule ou se déforme au serrage. Avec pas assez, elle peut bouger dans une direction que personne n'a bloquée.

Pour une pièce de révolution, on raisonne autrement. Un centrage long, quand la pièce est tenue sur une grande longueur, supprime quatre degrés de liberté : deux translations et deux rotations. Un centrage court, sur une faible longueur, n'en supprime que deux. Une butée ou un appui sur une face complète. Au tour, la rotation autour de l'axe n'a pas besoin d'être supprimée : c'est justement le mouvement de coupe.

4. Les symboles du contrat de phase

Sur le croquis d'un contrat de phase, le bureau des méthodes dessine la pièce dans sa position sur la machine et y ajoute des symboles. Il en existe plusieurs variantes selon les normes et les entreprises ; la légende de votre document fait foi. Les principes, eux, sont partout les mêmes.

La normale de mise en position

Un petit trait perpendiculaire à la surface, terminé par une pointe qui touche la pièce, dessiné du côté extérieur. Chaque normale supprime un degré de liberté ; on les numérote de 1 à 6. On compte donc 3 normales sur un appui plan, 2 sur une linéaire, 1 sur une butée.

Le symbole de serrage

Une flèche plus épaisse, dirigée vers la surface où s'exerce l'effort de serrage. Elle se place en face d'un appui, jamais dans le vide : on serre une pièce contre ses appuis, pas à côté.

Les surfaces usinées

Les surfaces réalisées dans la phase sont dessinées en trait fort, souvent de couleur. Tout le reste est déjà fait, ou sera fait plus tard.

Des symboles plus précis

Certains documents précisent aussi la technologie de l'appui : touche plate, touche sphérique, vé, mors, centreur. Ils se lisent avec la même logique.

5. À l'étau

L'étau de fraisage a un mors fixe, solidaire du corps et aligné sur la machine, et un mors mobile qui serre. Le mors fixe est la référence : c'est contre lui que la pièce se met en position. La pièce repose sur des cales parallèles, deux barres rectifiées de même hauteur qui la surélèvent pour que l'outil ne touche pas l'étau.

  1. 1.Nettoyer le fond de l'étau, les mors et les cales. Un copeau sous une cale, c'est une pièce qui penche.
  2. 2.Poser les cales contre les mors, puis la pièce dessus, sa face de référence contre le mors fixe, son bout contre la butée si le contrat de phase en prévoit une.
  3. 3.Serrer légèrement, puis frapper le dessus de la pièce au maillet (à tête plastique ou cuivre, jamais un marteau en acier) pour la plaquer sur les cales.
  4. 4.Vérifier que les cales ne glissent plus sous les doigts : si une cale bouge, la pièce ne porte pas dessus. Recommencer.
  5. 5.Serrer définitivement à la main, avec la manivelle prévue, sans rallonge : un serrage excessif déforme la pièce et l'étau.
La pièce doit dépasser des mors assez pour que l'outil passe sans les toucher, et pas plus : plus elle sort, plus elle vibre.
Sur une surface déjà finie, on serre avec des mors doux ou des mordaches (garnitures en métal tendre) pour ne pas la marquer.
Au changement de pièce, les copeaux restés sur les cales et sur le mors fixe sont la première cause de cote fausse en série.

6. Au mandrin trois mors

Le mandrin trois mors du tour est autocentreur : ses trois mors se déplacent ensemble et centrent la pièce sur l'axe de la broche. Sur un tour à commande numérique, le serrage est en général hydraulique et sa pression se règle.

Mors durs

En acier trempé, souvent striés. Ils tiennent fort sur une surface brute, comme une barre. Ils marquent la pièce : on ne les utilise pas sur une surface finie.

Mors doux

En acier non trempé ou en aluminium. On les usine sur place au diamètre de la pièce à serrer : ils la reprennent sans la marquer, et bien centrée. C'est la solution pour reprendre une pièce déjà usinée.

Pression et vitesse

La pression de serrage dépend de la pièce et des mors : trop faible, la pièce tourne ou part ; trop forte, un tube se déforme. À grande vitesse, la force centrifuge écarte les mors : la vitesse maximale gravée sur le mandrin ne se dépasse jamais.

Longueur de sortie

La longueur de pièce qui dépasse des mors. Elle est fixée par le contrat de phase. Plus elle est grande, plus la pièce fléchit sous l'outil et vibre.

Quand la pièce est longue par rapport à son diamètre, on la soutient au bout par une contre-pointe, une pointe conique montée sur la poupée mobile qui entre dans un trou de centre percé en bout de pièce. Un repère souvent cité en atelier propose la contre-pointe au-delà d'une sortie d'environ trois fois le diamètre ; c'est un ordre de grandeur, la décision revient à la gamme.

7. Sous brides

Une pièce trop grande pour l'étau se bride directement sur la table. Une bride est une barre d'acier qui appuie sur la pièce, tirée par une tige filetée dont l'écrou est logé dans une rainure en T de la table ; son autre extrémité repose sur une cale de hauteur.

La cale de hauteur est au niveau de la surface serrée ou légèrement plus haute : une bride inclinée vers la pièce glisse et serre sur une arête.
La tige filetée est placée plus près de la pièce que de la cale : c'est la pièce qui doit recevoir l'essentiel de l'effort.
On serre au-dessus d'un appui, jamais au-dessus du vide : sinon la pièce fléchit au serrage et reprend sa forme une fois libérée, avec une cote fausse.

8. Porte-à-faux et vibrations

Le porte-à-faux est la longueur qui dépasse de son appui, pour la pièce comme pour l'outil. Il agit comme un plongeoir : doubler la longueur, c'est multiplier la flexion bien plus que par deux. Les conséquences se voient vite : cote qui varie le long de la pièce, broutement (ces marques régulières accompagnées d'un sifflement), état de surface dégradé, plaquettes écaillées. Avant de toucher aux conditions de coupe, on réduit la sortie de la pièce et de l'outil, on serre au plus près de la zone usinée, on ajoute un appui ou une contre-pointe.

9. Le SV-40 : la face A d'abord

Sur le plan du SV-40, l'alésage Ø20H7 doit être perpendiculaire à la face A à 0,02 près. La façon la plus sûre d'y arriver est d'usiner la face A d'abord, puis de s'appuyer dessus pour usiner l'alésage : la machine garantit alors la perpendicularité entre sa table et sa broche. D'où deux phases à l'étau, à partir d'un bloc brut de 125 × 85 × 40 mm.

Schéma : le SV-40 à l'étau en deux rangées. Phase 20 : bloc brut face A en haut, vue de bout et vue de dessus, appui plan 1-2-3 sur les cales, linéaire 4-5 sur le mors fixe, butée 6 en bout, serrage côté mors mobile ; en orange la face A, la rainure et le contour 120 × 80 sur 18 mm. Phase 30 : pièce retournée sur sa face A usinée, serrée sur les flancs usinés, profil final visé en orange (plaque 15, bossage Ø40, nervure), et en vue de dessus le bossage, l'alésage, les quatre lamages et le M8
La face A usinée en phase 20 devient l'appui plan de la phase 30 : l'alésage sera perpendiculaire à A parce que A repose sur la table.

Phase 20, face A

Le brut repose sur les cales par une face brute (appui plan 1-2-3), contre le mors fixe (4-5) et en bout contre la butée (6). On usine la face A, la rainure 10 × 5, et le contour 120 × 80 sur 18 mm de haut. Les mors serrent la partie brute restée en dessous.

Phase 30, dessus

La pièce est retournée : la face A usinée repose sur les cales (1-2-3), un flanc usiné contre le mors fixe (4-5), un bout usiné contre la butée (6). Les mors serrent les flancs sur 12 mm environ, sous le niveau du dessus de la plaque. On usine tout le dessus, le bossage, la nervure, les trous et l'alésage.

En phase 30, les cales parallèles passent de part et d'autre de la rainure, jamais dessous. Karim vérifie aussi que les mors ne dépassent pas 15 mm au-dessus des cales : au-delà, la fraise qui descend jusqu'au dessus de la plaque les toucherait.

10. L'axe SV-40-02 : mandrin, contre-pointe, mors doux

Schéma : à gauche, phase 10, barre Ø32 serrée en mors durs avec une sortie de 125, centrage court 1-2 au mandrin, contre-pointe engagée en bout avec centrage court 3-4, serrage radial, surfaces usinées en orange (collerette, Ø20, chanfrein) et trait de tronçonnage ; à droite, phase 20, reprise sur le Ø20 en mors doux alésés, centrage long 1-2-3-4, épaulement de la collerette en appui 5 sur la face des mors, face arrière à dresser à 10 de l'épaulement
Phase 10 : la barre tenue court et soutenue en bout. Phase 20 : la pièce finie reprise sans être marquée, calée par l'épaulement de sa collerette.

L'axe est tourné dans une barre Ø32 en C35. En phase 10, la barre passe dans la broche et sort de 125 mm, réglés sur une butée avant serrage. Les mors durs la tiennent sur une courte longueur : centrage court. Le Ø20 fait 100 mm de long pour 20 mm de diamètre, trop élancé pour tenir seul : après le dressage de la face avant, on perce un trou de centre et on engage la contre-pointe, second centrage court. On usine alors le Ø20, la collerette Ø30, la gorge et les chanfreins, puis on recule la contre-pointe et on tronçonne.

En phase 20, il reste à dresser l'autre face de la collerette pour obtenir la longueur. On ne peut plus serrer en mors durs sur le Ø20 g6, fini avec un état de surface Ra 0,8 : on monte des mors doux, usinés au Ø20. Ils tiennent la pièce sur une grande longueur (centrage long) et l'épaulement de la collerette vient en appui sur leur face avant (butée 5). La face à dresser se trouve ainsi à une distance connue de l'appui : 10 mm, l'épaisseur de la collerette.

Le trou de centre

La contre-pointe impose un trou de centre en bout de pièce. Il reste sur la pièce finie : sa présence doit être acceptée par le plan, ce que vérifient les méthodes quand elles écrivent la gamme. Ce n'est pas au poste que l'on décide de l'ajouter ou de le supprimer.

11. Pour aller plus loin

À retenir
  • Mise en position (où est la pièce) et serrage (elle ne bouge plus) sont deux fonctions distinctes.
  • Six degrés de liberté ; isostatisme 3-2-1 : appui plan, linéaire, ponctuel. Chaque degré supprimé une seule fois.
  • Au contrat de phase : une normale par degré supprimé, une flèche de serrage en face d'un appui, les surfaces de la phase en trait fort.
  • Étau : mors fixe = référence, cales propres, coup de maillet, cales bloquées. Mandrin : mors durs sur brut, mors doux sur fini, sortie la plus courte possible, contre-pointe si la pièce est élancée.
  • SV-40 : face A usinée d'abord, puis appui sur A pour l'alésage. Axe : mandrin et contre-pointe, puis reprise en mors doux sur l'épaulement.

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