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RAAI Formation
Méthodes, sécurité et communication · cours 2 sur 12 · 11 min de lecture

Analyser les risques avant d'intervenir

Distinguer danger, situation dangereuse et risque, coter un risque par sa gravité et sa probabilité, appliquer les principes généraux de prévention et préparer une intervention de maintenance avec une grille d'analyse, un plan de prévention ou un permis de feu quand ils sont exigés.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Danger, situation dangereuse, risque

Avant de démonter un carter, de monter sur une plateforme ou d'allumer un chalumeau, vous devez savoir ce qui peut vous blesser, comment, et avec quelle chance. Trois mots reviennent sans cesse dans les documents de sécurité ; ils ne sont pas synonymes, et les confondre conduit à de mauvaises mesures.

Danger

La propriété d'une chose capable de causer un dommage : l'énergie d'une courroie en mouvement, la tension d'une armoire électrique, la pression d'un accumulateur hydraulique, la masse d'une pièce suspendue. Le danger existe même si personne n'est là.

Situation dangereuse

Le moment où une personne est exposée au danger : le technicien qui passe la main dans la zone de la courroie pour la retendre. Sans exposition, pas de situation dangereuse.

Événement dangereux

Ce qui déclenche le dommage : le convoyeur redémarre parce qu'un collègue a appuyé sur le bouton, le flexible sous pression se dévisse.

Risque

La combinaison de la gravité du dommage possible et de sa probabilité (ou de la fréquence d'exposition). C'est une grandeur que l'on estime, compare et réduit.

Retenez l'enchaînement : danger + personne exposée = situation dangereuse ; situation dangereuse + événement dangereux = dommage. Chaque maillon supprimé casse la chaîne. Supprimer le danger (couper et consigner l'énergie) vaut mieux que réduire l'exposition, qui vaut mieux qu'espérer que l'événement ne se produise pas.

2. Coter un risque : gravité × probabilité

Pour décider par quoi commencer, on attribue à chaque risque une note de gravité G (conséquence la plus plausible) et une note de probabilité P (ou de fréquence d'exposition). Leur produit donne la criticité. Chaque entreprise fixe sa propre échelle ; celle ci-dessous est un exemple courant à quatre niveaux.

Criticité C = G × P (G et P notés de 1 à 4, C de 1 à 16)
G = 1 · faible
soin sur place, pas d'arrêt de travail
G = 2 · moyenne
accident avec arrêt de travail
G = 3 · grave
séquelles durables, amputation
G = 4 · très grave
décès possible
P = 1 à 4
de « exceptionnel » à « à chaque intervention »
Seuil d'action (exemple)
C ≥ 9 : mesure avant d'intervenir

La cotation sert à hiérarchiser, pas à se rassurer. Un risque de gravité 4 reste inacceptable même avec une probabilité 1 si une mesure simple existe pour le supprimer : on ne « parie » pas sur une électrocution.

3. Le document unique d'évaluation des risques

Selon l'article R4121-1 du Code du travail, l'employeur transcrit et met à jour dans un document unique les résultats de l'évaluation des risques pour la santé et la sécurité des travailleurs, avec un inventaire des risques identifiés dans chaque unité de travail de l'entreprise. L'article R4121-2 impose sa mise à jour au moins chaque année dans les entreprises d'au moins onze salariés, lors de toute décision d'aménagement important modifiant les conditions de santé, de sécurité ou de travail, et lorsqu'une information nouvelle sur un risque est portée à la connaissance de l'employeur.

Pour vous, technicien, le document unique est une source d'information avant d'intervenir : il dit quels risques sont déjà connus sur la ligne, l'atelier ou la machine. Mais il décrit le fonctionnement habituel ; une intervention de maintenance crée souvent des situations qu'il ne couvre pas (carter ouvert, sécurités shuntées pour un réglage, travail en hauteur). D'où l'analyse propre à chaque intervention.

4. Les neuf principes généraux de prévention

L'article L4121-2 du Code du travail fixe neuf principes, dans cet ordre. L'ordre compte : on ne passe au suivant que si le précédent ne suffit pas.

  1. 1Éviter les risques : ne pas faire l'opération dangereuse, ou la faire autrement (graisser par un graisseur déporté au lieu d'ouvrir le carter).
  2. 2Évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités : c'est la cotation et la grille de la section 7.
  3. 3Combattre les risques à la source : capter les fumées de soudage à la torche plutôt que ventiler tout l'atelier.
  4. 4Adapter le travail à l'homme : hauteur de poste, accès aux points de réglage, choix des outils et des méthodes.
  5. 5Tenir compte de l'état d'évolution de la technique : un palan électrique à la place d'une manutention à bras, un capteur de sécurité récent.
  6. 6Remplacer ce qui est dangereux par ce qui ne l'est pas ou l'est moins : un dégraissant aqueux au lieu d'un solvant inflammable.
  7. 7Planifier la prévention en y intégrant la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants.
  8. 8Donner la priorité aux protections collectives sur les protections individuelles.
  9. 9Donner les instructions appropriées aux travailleurs : mode opératoire, consignes, formation.

5. Protections collectives avant EPI

Le huitième principe se traduit par une hiérarchie simple. Une protection collective protège toutes les personnes présentes sans qu'elles aient à faire quoi que ce soit ; un équipement de protection individuelle (EPI) ne protège que celui qui le porte, et seulement s'il est bien choisi, bien ajusté et effectivement porté.

Supprimer ou consigner

Séparer, condamner et vérifier l'absence d'énergie (électrique, pneumatique, hydraulique, mécanique, gravitaire) : le danger disparaît pendant l'intervention.

Protections collectives

Garde-corps sur la passerelle, carter fixe, barrière immatérielle, aspiration à la source, balisage de la zone sous une charge levée, écran de soudage.

Organisation

Intervenir machine arrêtée, à deux, hors des heures de production, avec un mode opératoire écrit et un temps suffisant.

EPI en dernier recours

Lunettes, gants adaptés au risque, casque, harnais, protections auditives : ils complètent, ils ne remplacent pas. Un harnais ne justifie pas l'absence de garde-corps quand on peut en installer un.

6. Entreprise extérieure : inspection commune et plan de prévention

Quand une entreprise extérieure intervient dans votre établissement (l'entreprise utilisatrice), les risques se cumulent : les siens (ses outils, ses méthodes) et les vôtres (vos machines, vos produits, votre trafic de chariots). L'article R4512-2 du Code du travail impose une inspection commune préalable des lieux de travail, des installations et des matériels mis à disposition. Les deux entreprises analysent ensemble les risques d'interférence et arrêtent un plan de prévention qui fixe les mesures prises par chacune.

Selon l'article R4512-7, ce plan est obligatoirement écrit et arrêté avant le début des travaux dans deux cas : quand l'opération représente au moins 400 heures de travail prévisibles sur douze mois ou moins (continues ou non, sous-traitants compris), ou, quelle que soit la durée, quand les travaux figurent sur la liste des travaux dangereux fixée par arrêté (arrêté du 19 mars 1993). Cette liste comprend notamment les travaux au contact de pièces nues sous tension au-dessus de la très basse tension, le recours à des ponts roulants ou des grues, les travaux dans des cuves ou en atmosphère confinée, et le soudage oxyacétylénique exigeant un permis de feu.

Exemple de calcul

La société fictive Mécanord envoie 2 techniciens pendant 4 jours de 8 h pour refaire l'alignement d'une ligne de convoyage.
Heures prévues : 2 × 4 × 8 = 64 h, bien en dessous de 400 h.
Si aucun des travaux n'est sur la liste des travaux dangereux, le plan de prévention peut ne pas être écrit ; l'inspection commune et l'analyse des risques restent obligatoires.
Si l'un d'eux doit déposer un moteur au pont roulant, le plan écrit devient obligatoire.

7. Permis de travail et permis de feu

Un permis de travail est une autorisation écrite, délivrée pour une tâche précise, un lieu précis et une durée limitée, après vérification que les mesures prévues sont en place. Il est signé par le donneur d'ordre et par l'intervenant, et clôturé à la fin. On en rencontre pour la pénétration en espace confiné, les travaux en hauteur, les interventions sur des réseaux de fluides dangereux.

Le permis de feu est le permis de travail des travaux par points chauds : soudage, oxycoupage, meulage, découpe à la tronçonneuse à disque hors d'un poste aménagé. Il recense les matières combustibles à évacuer ou protéger dans un rayon défini, les moyens d'extinction à portée de main, la présence d'un surveillant, et impose une surveillance après la fin des travaux : un feu couvant dans un isolant ou une poussière peut se déclarer bien après le départ de l'équipe. La durée de cette surveillance est fixée par la consigne du site.

8. Une grille pour analyser une intervention de maintenance

Sur le terrain, l'analyse tient sur une feuille. Pour chaque étape de l'intervention, vous notez le danger, la situation dangereuse, la cotation avant mesure, la mesure retenue (en suivant la hiérarchie des principes) et la cotation après mesure. Exemple dans l'atelier fictif Usinex : remplacer la courroie d'un convoyeur situé à 2,5 m de haut, près d'un poste de soudage.

  1. 1Accès en hauteur · danger : chute de 2,5 m · G = 3, P = 3, C = 9. Mesure : plateforme individuelle roulante avec garde-corps plutôt qu'escabeau. Après : G = 3, P = 1, C = 3.
  2. 2Dépose de la courroie · danger : entraînement par la transmission · G = 3, P = 3, C = 9. Mesure : consignation électrique du moteur, cadenas personnel, essai de démarrage à vide. Après : C = 3.
  3. 3Tension du tambour · danger : énergie stockée dans le ressort de tension · G = 2, P = 3, C = 6. Mesure : détendre avant de démonter, outil de maintien. Après : C = 2.
  4. 4Environnement · danger : projections du poste de soudage voisin · G = 2, P = 2, C = 4. Mesure : écran de soudage déplacé, poste arrêté pendant l'intervention, coordination avec le chef d'équipe. Après : C = 2.
  5. 5Remise en service · danger : redémarrage avec un outil oublié · G = 3, P = 2, C = 6. Mesure : comptage des outils, zone dégagée, déconsignation par la personne qui a consigné. Après : C = 3.

Remarquez que la gravité change rarement : ce sont surtout la probabilité et l'exposition que les mesures réduisent. Quand une mesure fait baisser la gravité (supprimer l'énergie, limiter une hauteur), c'est souvent le signe d'une mesure à la source, donc d'une bonne mesure.

En images

À gauche, la chaîne danger → situation dangereuse → événement dangereux → dommage ; au centre, une matrice gravité × probabilité 4 × 4 colorée avec les risques de l'intervention placés avant et après mesure ; à droite, la hiérarchie des mesures de la suppression du danger aux EPI
De la chaîne du dommage à la grille de cotation et à la hiérarchie des mesures
Commencer par les EPI : c'est la dernière ligne de défense, pas la première. Demandez-vous d'abord si le danger peut être supprimé ou isolé.
Copier l'analyse d'une intervention précédente sans regarder le terrain : un chantier voisin, un produit stocké ou une passerelle déposée changent tout.
Confondre fréquence et gravité : un geste fait mille fois sans accident n'est pas sans risque, il n'a simplement pas encore mal tourné.
Oublier les énergies résiduelles : ressort tendu, accumulateur hydraulique, charge suspendue, pièce chaude restent dangereux machine consignée.
Lever la surveillance dès la fin d'un travail par points chauds : le départ de feu est souvent différé.

Pour aller plus loin

À retenir
  • Danger = ce qui peut blesser ; situation dangereuse = une personne exposée ; risque = gravité × probabilité.
  • Le document unique recense les risques par unité de travail ; il ne dispense pas d'analyser chaque intervention.
  • Neuf principes, dans l'ordre : d'abord éviter, puis évaluer, combattre à la source… les EPI viennent après les protections collectives.
  • Entreprise extérieure : inspection commune préalable ; plan de prévention écrit dès 400 h ou pour un travail dangereux de la liste.
  • Travaux par points chauds hors poste aménagé : permis de feu et surveillance après travaux.
  • Une bonne mesure fait baisser la gravité ou supprime l'exposition, pas seulement la probabilité.

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