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RAAI Formation
Maintenance · cours 15 sur 17 · 9 min de lecture

Aligner un accouplement, tendre une courroie, régler une chaîne

Reconnaître les défauts d'alignement et leurs conséquences, aligner un moteur au comparateur dans les tolérances du fabricant, aligner et tendre une courroie par la méthode de la flèche, régler une chaîne et mesurer son allongement.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Deux arbres qui doivent n'en faire qu'un

Le moteur du convoyeur (1,5 kW, 1 435 tr/min) vient d'être remplacé. Il entraîne le réducteur par un accouplement élastique, puis le réducteur entraîne le tambour par une courroie trapézoïdale. Avant de rendre la ligne, Yanis demande à Inès d'aligner le moteur sur le réducteur, puis de régler la courroie. Aligner, c'est faire en sorte que les axes des deux arbres soient dans le prolongement l'un de l'autre quand la machine tourne.

Schéma : les deux défauts d'alignement d'un accouplement, décalage radial des axes coté e et défaut angulaire coté α, avec leurs conséquences
Sur la machine, ces écarts se mesurent en centièmes de millimètre : le dessin les exagère pour les rendre visibles.

On distingue deux défauts, qui se combinent presque toujours. Le décalage radial (ou parallèle) : les axes sont parallèles mais décalés, d'une valeur exprimée en millimètres. Le défaut angulaire : les axes se coupent avec un angle, que l'atelier exprime plutôt en millimètres pour 100 mm. Chacun existe dans le plan vertical (on le corrige avec des cales sous les pattes) et dans le plan horizontal (on déplace le moteur sur le côté).

Un accouplement élastique tolère un petit défaut ; il ne le corrige pas. Au-delà, l'élément élastique chauffe et se déchire, les roulements du moteur et du réducteur prennent des efforts pour lesquels ils ne sont pas prévus, et la machine vibre. Le chapitre sur l'analyse vibratoire montre comment ce défaut se lit dans un spectre.

Fréquence de rotation du moteur
1 435 / 60 ≈ 23,9 Hz
Signe fréquent d'un désalignement
vibration à 2 × 23,9 ≈ 47,8 Hz, souvent forte en axial

2. Les tolérances viennent du fabricant

Chaque accouplement a ses écarts admissibles : décalage radial, défaut angulaire, écart entre les moyeux. Ils figurent dans la notice du fabricant, et parfois dans une procédure du site qui fixe des valeurs plus serrées selon la vitesse de rotation. Retenez que les valeurs du fabricant sont des maxima pour que l'accouplement survive : plus on aligne finement, plus les roulements durent. On ne recopie pas une valeur « de mémoire » d'une machine à l'autre.

3. Avant de mesurer

  1. 1Consigner le convoyeur : vous allez tourner les arbres à la main, les doigts près de l'accouplement.
  2. 2Nettoyer le châssis, le dessous des pattes et les cales. Une bavure ou une écaille de peinture sous une patte fausse toute la mesure.
  3. 3Chercher le pied bancal : une patte qui ne porte pas. Pattes serrées, on desserre une seule vis et on regarde, au comparateur ou au jeu de cales, si la patte se soulève. On corrige par une cale avant tout alignement.
  4. 4Vérifier la réserve de réglage : jeu dans les trous des pattes, vis de poussée en état, cales pelables propres. On empile le moins de cales possible.

4. Trois méthodes

Règle et jeu de cales

Une règle posée sur les deux moyeux, à 12 h, 3 h, 6 h et 9 h, montre le décalage radial par le jour qui passe. Le jeu de cales (lames d'épaisseur) glissé entre les faces mesure l'écart en quatre points : s'il varie, il y a un défaut angulaire. Rapide, mais précision limitée : c'est un premier dégrossissage.

Comparateurs

Un comparateur fixé sur un moyeu palpe l'autre moyeu, sur sa périphérie (radial) et sur sa face (angulaire). On tourne les deux arbres ensemble et on relève les lectures à 12 h, 3 h, 6 h et 9 h. Précision au centième de millimètre.

Laser

Deux têtes, une sur chaque arbre, s'envoient un faisceau. En tournant les arbres, l'appareil mesure les écarts et calcule les corrections sous chaque patte, en vertical et en horizontal. Le principe reste celui des comparateurs ; le calcul est fait pour vous.

5. Lire les comparateurs

Schéma : réducteur fixe et moteur à déplacer sur le châssis, cales pelables sous les pattes du moteur, comparateur radial sur la périphérie et comparateur axial sur la face de l'accouplement, avec deux exemples de relevés
On règle d'abord le plan vertical avec les cales, puis le plan horizontal en poussant le moteur de côté.

Radial : on met le comparateur à zéro à 12 h et on tourne les deux arbres d'un demi-tour. En passant de 12 h à 6 h, le palpeur fait le tour de l'autre axe : la lecture vaut deux fois le décalage. Sur le convoyeur, Inès lit + 0,30 mm à 6 h : le décalage vertical vaut 0,30 / 2 = 0,15 mm. Le signe (moteur trop haut ou trop bas) dépend du montage : suivez la procédure de votre outillage.

Axial : le palpeur appuie sur la face du moyeu. Entre 12 h et 6 h, l'écart lu est de 0,08 mm, sur un cercle de mesure de 100 mm de diamètre : le défaut angulaire vaut 0,08 mm pour 100 mm. Les pattes avant et arrière du moteur sont distantes de 200 mm : pour redresser l'angle, les cales avant et arrière doivent différer d'environ 0,08 × 200 / 100 = 0,16 mm.

décalage = (lecture à 6 h − lecture à 12 h) / 2 · défaut angulaire = écart axial ÷ diamètre de mesure

Le plan horizontal se traite de la même façon avec les lectures à 3 h et 9 h. On déplace le moteur avec les vis de poussée, jamais au marteau. On serre ensuite les pattes au couple prescrit et on remesure : le serrage déplace souvent le moteur de quelques centièmes. On boucle jusqu'à être dans la tolérance, puis on note les lectures finales dans la GMAO.

6. La courroie : aligner, tendre, roder

Schéma : vue de dessus avec la règle en appui sur les faces des deux poulies, vue de face avec la force F et la flèche f au milieu de la portée t, et mesure de l'allongement d'une chaîne sur vingt pas
Aligner d'abord, tendre ensuite, et recontrôler après le rodage ; pour la chaîne, on mesure sur plusieurs pas, brin tendu.

Alignement des poulies : une règle (ou un fil tendu) posée sur les faces des deux poulies doit toucher en quatre points. Si les poulies n'ont pas la même largeur, on tient compte de la différence. Une poulie désalignée use les flancs de la courroie, la fait sauter ou se retourner dans la gorge.

Tension : trop lâche, la courroie patine, chauffe, siffle au démarrage et se glace. Trop tendue, elle surcharge les roulements du réducteur et du tambour, et fatigue vite. La méthode de la flèche consiste à appuyer au milieu de la portée (la longueur du brin entre les deux points de contact avec les poulies) avec une force F donnée par le fabricant de la courroie, à l'aide d'un tensiomètre à ressort, puis à mesurer l'enfoncement f. Une règle courante, reprise par plusieurs fabricants, vise une flèche d'environ 1/64 de la portée, soit 1,6 mm pour 100 mm.

Sur le convoyeur

Entraxe 400 mm, poulies de 200 et 100 mm : la portée vaut √(400² − 50²) ≈ 397 mm. Flèche visée : 397 / 64 ≈ 6,2 mm, sous la force F lue dans le tableau du fabricant pour cette section de courroie et ce diamètre de petite poulie. Certains tensiomètres mesurent plutôt la fréquence de vibration du brin : la valeur cible vient alors aussi du fabricant.
On pose une courroie en rapprochant le moteur ou le tendeur, jamais en la forçant sur la poulie avec un tournevis : les câbles internes cassent.
Une courroie neuve s'allonge au début : on recontrôle et on retend après une courte période de marche, selon la notice.
Sur une transmission à plusieurs gorges, on remplace tout le jeu de courroies, jamais une seule : la neuve, plus courte, porterait tout l'effort.

7. La chaîne : flèche, graissage, allongement

Une chaîne se règle par la flèche de son brin mou, mesurée au milieu de l'entraxe. La valeur dépend de l'entraxe et de la position de la transmission : elle est donnée par le fabricant. Trop tendue, la chaîne use ses articulations et charge les paliers ; trop lâche, elle fouette et peut sauter une dent. Elle se lubrifie sur le brin mou, là où l'huile peut entrer entre les plaques jusqu'aux axes.

Ses articulations s'usent : le pas grandit et la chaîne s'allonge. On mesure sur plusieurs pas, brin tendu, du même point d'un axe au même point d'un autre. Une chaîne de pas 12,7 mm mesure 254,0 mm sur 20 pas à neuf ; si l'on trouve 259,0 mm, l'allongement vaut (259,0 − 254,0) / 254,0 ≈ 2,0 %. On compare à la limite de remplacement donnée par le fabricant. On inspecte aussi les pignons : des dents en crochet useront vite une chaîne neuve, et l'on change souvent l'ensemble.

8. Application : remettre en route le convoyeur

  1. 1Consigner le convoyeur. Poser le moteur, vis à peine serrées, et contrôler le pied bancal.
  2. 2Dégrossir à la règle et au jeu de cales, puis monter les comparateurs.
  3. 3Plan vertical : relever 12 h et 6 h, corriger par cales sous les pattes.
  4. 4Plan horizontal : relever 3 h et 9 h, corriger avec les vis de poussée.
  5. 5Serrer les pattes au couple, remesurer, reprendre si besoin. Régler l'écart entre moyeux selon la notice, remettre l'élément élastique.
  6. 6Courroie : aligner les poulies à la règle, poser la courroie sans forcer, tendre à la flèche sous la force du fabricant.
  7. 7Remonter tous les protecteurs, déconsigner, essayer : bruit, vibrations, température des paliers, bande centrée.
  8. 8Retendre la courroie après rodage ; noter les lectures d'alignement et la tension dans la GMAO.

9. Pour aller plus loin

À retenir
  • Deux défauts d'alignement, radial et angulaire, dans deux plans : vertical (cales) et horizontal (vis de poussée).
  • Les tolérances sont celles du fabricant de l'accouplement ; un accouplement élastique tolère, il ne corrige pas.
  • Pied bancal d'abord ; décalage = lecture radiale totale / 2 ; on remesure après serrage.
  • Courroie : poulies alignées à la règle, flèche ≈ portée / 64 sous la force du fabricant, retension après rodage, jeu complet remplacé.
  • Chaîne : flèche du brin mou selon le fabricant, lubrification entre les plaques, allongement mesuré sur plusieurs pas et comparé à la limite du fabricant.

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