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RAAI Formation
Production industrielle · cours 4 sur 6 · 8 min de lecture

La qualité : ce que veut le client

Relier votre travail au poste aux objectifs de l'entreprise, comprendre les exigences du client en coût, délai et qualité, distinguer la valeur ajoutée des gaspillages, mesurer ce que coûte une non-conformité et pratiquer l'autocontrôle.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Ce qui fait vivre l'entreprise

Une entreprise ne vit que si ses clients lui achètent des produits, à un prix qui couvre ses dépenses et lui laisse une marge. Cette marge sert à payer les machines, à en acheter de nouvelles, à former, à traverser les mois difficiles. L'objectif premier est la pérennité : durer, et garder les emplois. Chez Méca-Garonne, un client perdu pour des pièces mauvaises ou livrées en retard, c'est du travail en moins pour tout l'atelier pendant des mois.

Schéma : le triangle coût, délai, qualité autour du client ; au centre la satisfaction du client, autour la pérennité de l'entreprise ; pour chaque sommet, ce que le client attend concrètement pour le SV-40 (le prix convenu, la date promise, la pièce conforme au plan indice B)
Le client juge sur trois points à la fois : un seul qui manque, et la commande suivante part ailleurs.

Pour durer, l'entreprise se fixe plusieurs objectifs à la fois. Ils sont souvent affichés à l'entrée de l'atelier, avec des indicateurs mis à jour chaque semaine.

Satisfaire les clients
pièces conformes, livrées à l'heure
Être rentable
produire au coût prévu, sans rebuts ni reprises
Travailler en sécurité
aucun accident, pour personne
Développer les compétences
former, faire progresser, garder les savoir-faire
Respecter l'environnement
trier les déchets, économiser matière et énergie

2. Coût, délai, qualité

Le client, que ce soit un avionneur ou un constructeur de machines agricoles, attend trois choses en même temps. On les résume souvent par CQD : coût, qualité, délai.

Qualité

La pièce est conforme : elle respecte toutes les exigences du plan et de la commande. Ni plus, ni moins. Une pièce « plus belle que demandé » a souvent coûté du temps pour rien.

Délai

La bonne quantité, au bon endroit, à la date promise. Un lot en avance encombre le client ; un lot en retard peut arrêter sa chaîne de montage.

Coût

Le prix a été fixé à la commande. Si la fabrication coûte plus que prévu (rebuts, retouches, attentes), c'est l'entreprise qui paie la différence sur sa marge.

Les trois sont liés. Une pièce mauvaise coûte deux fois (on la refait) et retarde la livraison. Un lot bâclé pour tenir un délai revient souvent sous forme de réclamation. La qualité n'est pas l'affaire du seul service qualité : elle se fabrique au poste, pièce après pièce.

3. Valeur ajoutée et gaspillages

Une opération apporte de la valeur ajoutée quand elle transforme la pièce d'une manière que le client est prêt à payer : usiner l'alésage Ø20H7 du SV-40, tarauder le M8, ébavurer. Tout le reste (attendre, déplacer, chercher, recompter, refaire) consomme du temps et de l'argent sans rien ajouter à la pièce. Ce sont des gaspillages, que la méthode japonaise dite lean classe en sept familles.

Schéma : les sept gaspillages en sept cases illustrées, chacune avec un exemple pris dans l'atelier de Méca-Garonne : surproduction, attente, transport, traitement inutile, stock, mouvement inutile, défaut ; au centre, la seule chose que le client paie : la transformation de la pièce
Sept façons de dépenser du temps sans ajouter de valeur à la pièce.

1. Surproduction

Faire plus que demandé, ou avant d'en avoir besoin. Usiner 60 SV-40 « pour avoir d'avance » quand l'OF en demande 50.

2. Attente

Personnes ou machines qui attendent : une pièce, un contrôle, un outil, une décision.

3. Transport

Déplacer les pièces plus que nécessaire, d'un bout à l'autre de l'atelier, parfois plusieurs fois.

4. Traitement inutile

Faire plus que ce que le plan exige : polir une face brute, contrôler trois fois la même cote.

5. Stock

Matière, en-cours ou pièces finies qui dorment. Ils immobilisent de l'argent et cachent les problèmes.

6. Mouvement inutile

Gestes et déplacements de l'opérateur : chercher une clé, se pencher, aller chercher l'instrument au fond de l'atelier.

7. Défaut

Rebuts et retouches : la matière, le temps et l'énergie dépensés pour une pièce mauvaise.
Un huitième gaspillage est souvent ajouté aux sept premiers : les compétences inutilisées. L'opérateur qui voit tous les jours ce qui cloche et à qui personne ne demande son avis, c'est aussi une perte pour l'entreprise.

Sophie, la contrôleuse de Méca-Garonne, a suivi un lot de SV-40 de la scie jusqu'au colis. Les pièces sont restées trois jours dans l'atelier, pour un peu plus de huit heures de travail sur le centre d'usinage au total. Le reste du temps, elles attendaient, voyageaient d'un poste à l'autre ou étaient recomptées. Ce constat est fréquent : dans la vie d'une pièce, le temps de valeur ajoutée n'est souvent qu'une petite part du temps passé dans l'usine.

4. La non-conformité et son coût

Une non-conformité est un écart à une exigence : une cote hors tolérance, un taraudage mal fait, un document manquant, une mauvaise matière. Que faire de la pièce ? Trois issues sont possibles. La retouche la remet en conformité par une opération supplémentaire, quand c'est possible et autorisé. Le rebut la détruit : matière et temps sont perdus. La dérogation la livre en l'état, mais seulement avec l'accord écrit du client.

Schéma : escalier du coût d'une non-conformité selon l'endroit où elle est détectée. Au poste par l'autocontrôle (une pièce isolée), au contrôle final (un lot à trier, des heures perdues), chez le client (tri sur place, transport retour, réclamation, confiance perdue) ; les marches montent de plus en plus haut
Plus le défaut voyage, plus il coûte : le meilleur endroit pour l'arrêter, c'est votre poste.

Le coût d'un défaut dépend surtout de l'endroit où on le découvre. Un Ø20H7 trop grand repéré par l'opérateur au moment où il sort de la machine : une pièce isolée, le réglage corrigé, le lot sauvé. Le même défaut découvert au contrôle final : tout le lot à trier, des pièces déjà ébavurées à jeter. Découvert chez le client : pièces à trier sur sa chaîne, transport retour, réclamation écrite, analyse à fournir, et une confiance qui met longtemps à revenir.

Au poste, une pièce non conforme suit toujours le même chemin. Vous la marquez (étiquette rouge ou marquage prévu par l'atelier), vous la posez à part dans la zone ou le bac des pièces bloquées, vous prévenez le chef d'équipe ou la qualité, et une fiche de non-conformité est ouverte. Ce n'est pas vous qui décidez s'il faut retoucher ou rebuter : c'est la qualité, avec les méthodes. Pensez aussi au coût caché de la retouche : une pièce retouchée doit être entièrement recontrôlée.

5. L'autocontrôle

L'autocontrôle, c'est le contrôle que l'opérateur fait lui-même sur ses propres pièces, pendant la fabrication, selon la fiche de contrôle. Il ne remplace pas le contrôle final ; il évite qu'un défaut se répète sur toute la série.

  1. 1.Lire sur la fiche de contrôle quelles cotes contrôler, avec quel instrument et à quelle fréquence.
  2. 2.Vérifier que l'instrument est le bon, qu'il est propre et en état d'étalonnage (étiquette de validité).
  3. 3.Mesurer sur une pièce propre et ébavurée, à température de l'atelier.
  4. 4.Noter la valeur mesurée, pas seulement « OK ». Une suite de valeurs montre une dérive avant qu'elle ne sorte des tolérances.
  5. 5.Décider : conforme, on continue ; non conforme ou doute, on arrête, on isole et on prévient.
Une pièce douteuse ne se cache jamais dans le bac des bonnes, et ne se jette jamais discrètement. Un rebut caché, c'est une cause qui ne sera jamais trouvée.
« Elle est presque dans la tolérance » veut dire qu'elle n'y est pas. La tolérance est une limite, pas une indication.
Si la valeur se rapproche d'une limite au fil des pièces, prévenez le régleur avant de sortir de la tolérance.

Autocontrôle ne veut pas dire seul

Si vous doutez de votre mesure, de l'instrument ou de la lecture du plan, demandez à la contrôleuse ou au régleur. Demander n'est pas un aveu de faiblesse : c'est une pièce mauvaise de moins.

6. Ce qui change en aéronautique

En aéronautique, la conséquence ultime d'un défaut est un accident. Les exigences sont donc plus strictes : système qualité certifié selon la norme EN 9100, audits réguliers des clients, traçabilité complète, preuve écrite de chaque contrôle. Les grands donneurs d'ordres notent leurs fournisseurs sur la qualité des pièces livrées et sur le respect des délais. Pour un sous-traitant comme Méca-Garonne, une mauvaise note peut suffire à perdre un marché. Chaque autocontrôle bien fait et bien noté compte dans cette note.

Une pièce aéronautique tombée au sol devient une pièce suspecte : elle a pu prendre un choc invisible. Vous la mettez de côté et la signalez, même si elle semble intacte.
Un FOD (de l'anglais Foreign Object Debris) est un corps étranger oublié dans ou sur un produit : copeau, vis, bouchon, outil. En aéronautique, il peut endommager un moteur ou bloquer une commande. On range, on compte ses outils, on nettoie avant de livrer.
Un document de contrôle incomplet suffit à bloquer une livraison aéronautique : la preuve du contrôle fait partie du produit.

7. Pour aller plus loin

À retenir
  • L'entreprise doit durer : elle vit de clients satisfaits en coût, qualité et délai, les trois à la fois.
  • La valeur ajoutée, c'est la transformation que le client paie ; le reste est gaspillage.
  • Sept gaspillages : surproduction, attente, transport, traitement inutile, stock, mouvement inutile, défaut.
  • Une non-conformité se retouche, se rebute ou se livre par dérogation écrite du client ; elle coûte d'autant plus qu'elle est découverte tard.
  • L'autocontrôle : mesurer, noter la valeur, décider, et arrêter au moindre doute.

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8 questions corrigées, chacune avec son explication. Les trois premières se font tout de suite, sans compte ; la suite, avec une classe abonnée ou un compte personnel.

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