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Transmissions · cours 3 sur 5 · 9 min de lecture

Transformer un mouvement : bielle-manivelle, came, vis-écrou, pignon-crémaillère

Reconnaître les quatre grands systèmes qui transforment une rotation en translation, calculer une course ou un déplacement, savoir si le système est réversible, et le représenter en schéma cinématique.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Tourner ou avancer : deux mouvements à relier

La plupart des moteurs tournent. Or une machine doit souvent pousser, lever, serrer ou déplacer en ligne droite. Entre les deux, il faut un mécanisme qui transforme le mouvement. Quatre systèmes reviennent partout dans l'atelier : la bielle-manivelle, la came, la vis-écrou et le pignon-crémaillère. Ce cours vous apprend à les reconnaître, à calculer ce qu'ils produisent et à repérer leurs points faibles.

Schéma : système bielle-manivelle en schéma cinématique, dessiné au point mort haut puis au point mort bas, avec le rayon de manivelle R = 30 mm et la course cotée égale à 2 × R = 60 mm
La course ne dépend que du rayon de manivelle : elle vaut toujours deux fois ce rayon, quelle que soit la longueur de la bielle.

Quatre mots à bien distinguer. La rotation : une pièce tourne autour d'un axe. La translation : une pièce avance en ligne droite. Un mouvement est continu s'il garde toujours le même sens, comme un moteur qui tourne. Il est alternatif s'il va et vient, comme une scie. Enfin, un système est réversible si l'on peut aussi l'entraîner « à l'envers », en poussant sur la sortie pour faire tourner l'entrée.

Rotation continue → translation alternative

Bielle-manivelle, came, excentrique. Le mouvement de sortie va et vient tout seul, sans inverser le moteur.

Rotation continue → translation continue

Vis-écrou, pignon-crémaillère. Pour revenir en arrière, il faut inverser le sens de rotation du moteur.

2. Le système bielle-manivelle

La manivelle tourne autour d'un axe fixe O. À son extrémité A, elle porte une articulation reliée à la bielle. L'autre bout de la bielle, en B, est articulé sur un coulisseau (ou un piston) guidé en ligne droite. À chaque tour de manivelle, le coulisseau fait un aller et un retour.

La distance parcourue entre les deux positions extrêmes s'appelle la course. Elle vaut deux fois le rayon de manivelle R, c'est-à-dire la distance OA. La longueur de la bielle ne change pas la course : elle change seulement la position du coulisseau et l'encombrement.

course = 2 × R (R : rayon de manivelle, distance entre l'axe O et l'articulation A)

Exemple : le compresseur de l'atelier

Sur le compresseur à piston de Méca-Garonne, le rayon de manivelle du vilebrequin vaut R = 30 mm.
Course du piston = 2 × 30 = 60 mm.
Si le vilebrequin tourne à 1 000 tr/min, le piston fait 1 000 allers-retours par minute.

Aux deux extrémités de la course, la manivelle et la bielle sont alignées. On parle de points morts : point mort haut et point mort bas. Le coulisseau s'y arrête un instant avant de repartir en sens inverse. Sa vitesse n'est donc pas constante : nulle aux points morts, maximale vers le milieu de la course.

Le système est réversible : dans un moteur de voiture, c'est le piston qui pousse et fait tourner le vilebrequin. Mais au point mort, pousser sur le piston ne fait rien tourner. C'est pour passer les points morts que ces machines ont un volant d'inertie. On retrouve la bielle-manivelle dans les compresseurs et pompes à piston, les scies alternatives et les presses mécaniques.

3. La came et son suiveur

Une came est une pièce dont le contour n'est pas un cercle centré. En tournant, elle soulève une autre pièce, le suiveur : un poussoir, souvent muni d'un galet pour limiter le frottement, ou un levier. La forme du profil décide de tout : quand le suiveur monte, de combien, combien de temps il reste en haut, quand il redescend.

Schéma : came disque avec son cercle de base, suiveur à galet guidé et ressort de rappel, et à droite le diagramme de levée en fonction de l'angle : montée de 0 à 120°, repos haut jusqu'à 180°, descente jusqu'à 300°, repos bas
Le diagramme de levée se lit comme le profil déroulé : chaque bosse de la came devient une montée du suiveur.

La levée est le déplacement total du suiveur. Pour une came disque, elle se lit directement sur la pièce : c'est l'écart entre le plus grand et le plus petit rayon du profil. Le plus petit rayon définit le cercle de base.

levée = R max − R min

Exemple

Une came a un cercle de base de rayon 25 mm et un rayon maximal de 37 mm.
Levée = 37 − 25 = 12 mm.

Une came pousse, mais elle ne sait pas tirer. Pour que le suiveur redescende et reste en contact avec le profil, on ajoute un ressort de rappel, ou on utilise une came à rainure qui guide le galet dans les deux sens. La came n'est pas réversible : appuyer sur le suiveur ne fait pas tourner la came. On la trouve dans l'arbre à cames d'un moteur, sur les tours automatiques à cames et dans de nombreuses machines d'assemblage.

Un ressort de rappel fatigué ou cassé laisse le suiveur décoller du profil : chocs, bruit, mouvement incomplet. Remplacez-le par la référence prévue.
Un galet grippé ne roule plus, il frotte : la came et le galet s'usent en quelques heures. Vérifiez qu'il tourne librement à la main, machine consignée.
Ne passez jamais les doigts entre une came et son suiveur : c'est un point de pincement, même à faible vitesse.

4. L'excentrique

L'excentrique est un disque circulaire dont le centre est décalé de l'axe de rotation. Ce décalage s'appelle l'excentration e. Un collier qui entoure le disque joue le rôle de la bielle. Le comportement est celui d'une bielle-manivelle très compacte, avec une manivelle de rayon e : la course vaut 2 × e. Avec une excentration de 5 mm, la course est de 10 mm. On le trouve dans les petites presses, les pompes et les cribles vibrants.

5. Le système vis-écrou

Une vis tourne dans un écrou. Si l'écrou est empêché de tourner par un guidage, il avance le long de la vis. On peut aussi faire l'inverse : l'écrou tourne et c'est la vis qui avance. À chaque tour, la pièce mobile avance d'un pas, la distance entre deux filets voisins, pour une vis à un seul filet.

Schéma : à gauche, vis à filet trapézoïdal et écrou guidé avec le pas p coté et le symbole de la liaison hélicoïdale ; à droite, pignon de module 2 à 20 dents engrené sur une crémaillère, diamètre primitif 40 mm, et le symbole cinématique du cercle primitif tangent à la crémaillère
Un tour de vis fait avancer d'un pas ; un tour de pignon fait avancer la crémaillère de la circonférence primitive π × d.
course = pas × nombre de tours et vitesse d'avance = pas × vitesse de rotation

Exemple : l'axe X d'un centre d'usinage

Sur les centres d'usinage de Méca-Garonne, chaque axe est déplacé par une vis à billes de pas 10 mm, entraînée directement par le moteur.
Pour un déplacement de 250 mm : 250 ÷ 10 = 25 tours de vis.
À 3 000 tr/min : 10 × 3 000 = 30 000 mm/min, soit 30 m/min d'avance rapide.

Il existe deux grandes familles. La vis à filet trapézoïdal frotte directement dans son écrou. Elle est simple et peu chère, mais son rendement est faible. En contrepartie, elle est le plus souvent irréversible : une charge qui pousse sur l'écrou ne fait pas tourner la vis. C'est ce qui permet à un étau, un serre-joint ou un cric de rester serrés tout seuls. Une vis Tr de pas 4 mm tournée de 12 tours fait avancer l'écrou de 4 × 12 = 48 mm.

La vis à billes remplace le frottement par des billes qui roulent entre la vis et l'écrou. Elle a un très bon rendement et presque pas de jeu : c'est la vis des machines-outils à commande numérique. Mais elle est réversible : sur un axe vertical, le poids du chariot suffit à faire tourner la vis et à faire descendre la charge. C'est pourquoi ces axes ont un moteur-frein.

Axe vertical à vis à billes : avant de débrancher ou de démonter le moteur d'un axe Z, faites caler mécaniquement la tête ou le chariot. Sans frein, il descend seul.
Les copeaux et la poussière détruisent une vis à billes. Un soufflet ou une protection télescopique déchirés se signalent tout de suite à votre chef d'équipe.
Un jeu qui apparaît à l'inversion du sens de déplacement se voit sur les pièces : une cote qui change selon le sens d'approche doit être signalée.

6. Le pignon et la crémaillère

Un pignon (roue dentée) engrène sur une crémaillère, une barre droite taillée de dents. Quand le pignon tourne, la crémaillère avance, ou bien le pignon roule le long d'une crémaillère fixe. Les deux doivent avoir le même module m. Le cercle primitif du pignon « roule sans glisser » sur la ligne primitive de la crémaillère : à chaque tour, la crémaillère avance de la circonférence de ce cercle.

d = m × Z puis déplacement = π × d × nombre de tours

Exemple

Pignon de module m = 2 mm et Z = 20 dents.
Diamètre primitif : d = 2 × 20 = 40 mm.
Un tour : π × 40 ≈ 125,7 mm. Trois tours : π × 40 × 3 ≈ 377 mm.

Le système est réversible : pousser la crémaillère fait tourner le pignon. Il permet de très grandes courses, car on peut mettre des crémaillères bout à bout. Vous le connaissez sur la perceuse à colonne : le levier de descente fait tourner un pignon qui engrène sur une crémaillère taillée sur le fourreau de la broche. On le trouve aussi sur les portails coulissants et les grands axes de machines de découpe.

7. Schématiser et choisir

En schéma cinématique, chaque système se ramène à des liaisons connues. La bielle-manivelle compte trois pivots (en O, A et B) et une glissière pour le coulisseau. La vis-écrou est une liaison hélicoïdale, dessinée par un rectangle barré de traits obliques autour de l'axe. Le pignon-crémaillère se représente par le cercle primitif tangent à la ligne de la crémaillère. Pour les symboles, reportez-vous au cours sur le schéma cinématique.

Bielle-manivelle

Rotation → aller-retour. Course = 2 × R. Réversible, sauf aux points morts. Compresseur, presse mécanique, scie alternative.

Came

Rotation → aller-retour selon le profil. Levée = R max − R min. Non réversible, retour par ressort. Arbre à cames, machine d'assemblage.

Excentrique

Bielle-manivelle compacte. Course = 2 × e. Petite presse, pompe, crible.

Vis-écrou

Rotation → translation. Course = pas × tours. Trapézoïdale souvent irréversible, à billes réversible. Étau, axe de machine-outil.

Pignon-crémaillère

Rotation → translation. Déplacement = π × m × Z × tours. Réversible, grandes courses. Perceuse à colonne, portail.

8. Pour aller plus loin

À retenir
  • Bielle-manivelle : un tour = un aller-retour ; course = 2 × rayon de manivelle.
  • Came : levée = R max − R min ; le ressort de rappel garde le contact.
  • Vis-écrou : course = pas × nombre de tours ; trapézoïdale souvent irréversible, vis à billes réversible.
  • Pignon-crémaillère : d = m × Z, déplacement = π × d × nombre de tours.
  • Un axe vertical réversible tient par son frein : on cale la charge avant de démonter.

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