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RAAI Formation
Transmissions · cours 5 sur 5 · 8 min de lecture

Embrayages, freins et limiteurs de couple

Distinguer les trois fonctions accoupler, freiner et protéger contre la surcharge, expliquer pourquoi un frein à manque de courant est une sécurité, calculer le couple d'un embrayage à friction et savoir quoi contrôler, et quoi ne jamais faire, sur ces organes.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Trois organes, trois fonctions

Entre un moteur et la machine qu'il entraîne, on trouve souvent des organes qui ne transforment pas le mouvement mais le contrôlent. L'embrayage relie ou sépare deux arbres pendant que le moteur tourne. Le frein ralentit puis immobilise. Le limiteur de couple coupe la liaison quand l'effort devient anormal, pour protéger la machine. Tous trois utilisent souvent le même principe : le frottement.

Schéma : embrayage à friction en coupe simplifiée, à gauche embrayé avec les plateaux serrés par des ressorts (effort F, rayon moyen des garnitures), à droite débrayé avec un jeu entre les plateaux ; en bas la formule du couple transmissible
Sur ce schéma, une seule surface frottante travaille (n = 1). Plus l'effort presseur est grand, plus le couple transmis est élevé.

Embrayage

Accoupler temporairement deux arbres : le moteur tourne, la machine peut être entraînée ou non.

Frein

Ralentir et immobiliser une pièce en mouvement, et la maintenir à l'arrêt.

Limiteur de couple

Protéger : il glisse ou se déclenche si le couple dépasse la valeur réglée, par exemple lors d'un blocage.

2. L'embrayage à friction

Dans un embrayage à friction, deux plateaux sont pressés l'un contre l'autre par des ressorts. Les surfaces en contact portent des garnitures : un matériau qui frotte bien et résiste à la chaleur. Tant que l'effort presseur est suffisant, les plateaux adhèrent et tournent ensemble. Pour débrayer, une commande écarte les plateaux : manuelle, pneumatique ou électrique.

Le couple que l'embrayage peut transmettre dépend de quatre choses : le nombre de surfaces qui frottent, le coefficient de frottement f entre garniture et plateau, l'effort presseur F et le rayon moyen des garnitures.

C = n × f × F × R moy (C en N·m, F en N, R moy en m, n : nombre de surfaces frottantes)

Exemple

Un disque garni sur ses deux faces est serré entre deux plateaux : n = 2. On prend f = 0,3, F = 2 000 N et R moy = 0,08 m.
C = 2 × 0,3 × 2 000 × 0,08 = 96 N·m.
Si les garnitures sont grasses et que f tombe à 0,1 : C = 2 × 0,1 × 2 000 × 0,08 = 32 N·m. L'embrayage patine.

Quand le couple demandé dépasse ce que l'embrayage peut transmettre, il patine : les plateaux glissent, s'échauffent et s'usent. Une odeur de garniture chaude, une machine qui « peine » alors que le moteur tourne normalement sont des signes à signaler. À côté des embrayages à friction existent les embrayages à crabots : des dents qui s'emboîtent, sans glissement possible, qu'on n'enclenche qu'à l'arrêt ou à très faible vitesse.

3. Embrayages et freins électromagnétiques

Sur les machines, la commande est souvent électromagnétique. Une bobine alimentée devient un aimant et attire une pièce en acier mobile, l'armature. Selon le montage, cette attraction serre des surfaces de friction (embrayage qui colle sous tension) ou au contraire les desserre (frein qui se libère sous tension). Sur les presses et cisailles à cycles, on trouve des embrayages-freins combinés : à chaque cycle, l'appareil accouple l'outil au volant, puis le freine et le tient en position haute.

4. Le moteur-frein : serré quand le courant manque

Un moteur-frein est un moteur asynchrone qui porte, à l'arrière, un frein à disque électromagnétique. Son principe est à retenir : des ressorts serrent le disque de frein en permanence. Quand le moteur est mis sous tension, la bobine du frein est alimentée en même temps, attire l'armature et libère le disque. On parle de frein à manque de courant.

Schéma : demi-coupe d'un moteur-frein : stator, rotor et arbre du moteur, puis à l'arrière le disque de frein garni solidaire de l'arbre, l'armature mobile, les ressorts de serrage, l'électroaimant fixe et l'entrefer coté entre armature et électroaimant
L'entrefer grandit à mesure que la garniture s'use : c'est la cote que l'on contrôle en maintenance.

Pourquoi c'est une sécurité ? Si le courant est coupé, volontairement ou par une panne, un câble arraché, un arrêt d'urgence, le frein serre tout seul. Une charge suspendue reste en place, un axe vertical ne descend pas, un convoyeur en pente ne recule pas. Le frein ne dépend d'aucune énergie pour tenir : ce sont les ressorts qui travaillent.

Exemple : le moteur du convoyeur

Le moteur du convoyeur de Méca-Garonne fait 1,5 kW à 1 435 tr/min. Son couple nominal vaut C = P ÷ ω, avec ω = 1 435 × 2π ÷ 60 ≈ 150,3 rad/s.
C = 1 500 ÷ 150,3 ≈ 9,98 N·m.
Le couple de freinage du frein monté par le fabricant est indiqué sur sa plaque : c'est cette valeur qui fait foi, pas un calcul d'atelier.

Certains moteurs-freins ont un levier de déblocage manuel pour tourner l'arbre à la main. Ce levier supprime la sécurité : il ne s'utilise que selon la procédure de la machine, charge posée ou calée.

5. Freins à disque et à tambour

Tous les freins à friction transforment l'énergie du mouvement en chaleur. Dans un frein à disque, un disque tourne avec l'arbre et des plaquettes, portées par un étrier fixe, viennent le pincer. Dans un frein à tambour, deux mâchoires garnies s'écartent et frottent contre l'intérieur d'un tambour qui tourne. Le disque refroidit mieux ; le tambour est bien protégé de la poussière. On les commande par ressort, câble, fluide ou électroaimant. Après des freinages répétés, disque, tambour et carter peuvent être brûlants : laissez-les refroidir avant d'y toucher, même avec des gants. Une couleur bleuie sur un disque montre qu'il a déjà beaucoup chauffé : signalez-le.

6. Le limiteur de couple

Un convoyeur se bloque parce qu'une pièce se coince. Le moteur force, le couple monte, et quelque chose va casser : une clavette, une dent, un arbre. Le limiteur de couple est le « fusible mécanique » de la transmission : il est réglé un peu au-dessus du couple normal et se débraye quand ce seuil est dépassé.

Limiteur à friction

Des disques garnis serrés par des ressorts ou des rondelles élastiques. Au-delà du réglage, ils patinent. Simple, mais il chauffe s'il patine longtemps.

Limiteur à billes

Des billes logées dans des empreintes sont maintenues par des ressorts. En surcharge, elles sortent de leurs logements : la liaison est coupée net, et un capteur peut arrêter le moteur.
Schéma : limiteur de couple à billes en vue développée : à gauche les billes logées dans les empreintes des deux plateaux transmettent le couple ; à droite, en surcharge, les billes sont sorties, le plateau pressé s'est soulevé en comprimant les ressorts ; écrou de réglage en haut
Le soulèvement du plateau pressé est le signal qu'utilise le capteur de déclenchement.

Le réglage se fait par un écrou qui comprime plus ou moins les ressorts. La valeur est fixée par le constructeur de la machine. Après un démontage, on remonte au même réglage : on repère la position de l'écrou avant d'y toucher, et on suit la notice. Un limiteur qui déclenche souvent n'est pas « trop faible » : il signale un problème, bourrage, palier grippé, courroie trop tendue, qu'il faut trouver.

Ne bloquez jamais un limiteur de couple, en serrant l'écrou à fond ou en le goupillant, pour « que ça ne saute plus ». C'est supprimer une protection : la prochaine surcharge cassera la transmission, ou blessera quelqu'un.
Ne réarmez pas un limiteur à billes sans avoir trouvé et supprimé la cause du blocage, machine consignée.

Exemple : le convoyeur s'arrête net

Lucas appelle : le tambour du convoyeur ne tourne plus, alors que le moteur tourne. Inès constate que le limiteur à billes a déclenché. Avec Yanis, elle consigne le convoyeur, trouve une chute de tôle coincée sous la bande, la retire, vérifie que la bande tourne librement à la main, puis réarme le limiteur. Elle note l'intervention et propose d'ajouter un déflecteur pour éviter que les chutes tombent à cet endroit.

7. Usure, contrôle et sécurité

Les garnitures s'usent à chaque freinage et à chaque patinage. Sur un moteur-frein, l'usure fait grandir l'entrefer, l'espace entre l'armature et l'électroaimant. Trop grand, l'entrefer empêche la bobine d'attirer l'armature : le frein ne se libère plus bien, frotte et chauffe. Les ressorts, plus détendus, serrent aussi moins fort. La valeur de l'entrefer et l'usure maximale admise sont données par la notice du fabricant.

  1. 1Consigner le moteur, et poser ou caler mécaniquement toute charge qu'il retient.
  2. 2Déposer le capot du ventilateur et accéder au frein.
  3. 3Mesurer l'entrefer avec un jeu de cales d'épaisseur, en plusieurs points du pourtour.
  4. 4Comparer à la notice : régler l'entrefer ou remplacer le disque si l'usure maximale est atteinte.
  5. 5Remonter, déconsigner, puis faire un essai de freinage à vide, puis en charge, avant de rendre la machine.

D'autres signes d'usure se remarquent en conduite : une machine qui met plus longtemps à s'arrêter, un bruit de frottement moteur en marche, une odeur de brûlé, un frein qui claque fort à chaque arrêt. Notez-les et transmettez-les.

Charge suspendue : ne desserrez jamais un frein, par le levier manuel ou en alimentant la bobine, tant que la charge n'est pas posée ou calée mécaniquement.
Aucune huile ni graisse sur les surfaces de friction : une garniture grasse ne freine plus et doit être remplacée.
Ne soufflez pas les poussières de garniture à l'air comprimé : aspirez-les ou essuyez-les, avec les protections prévues.
Après toute intervention sur un frein, un essai est obligatoire avant la remise en service.

8. Pour aller plus loin

À retenir
  • Embrayage = accoupler, frein = arrêter et tenir, limiteur = protéger contre la surcharge.
  • Couple d'un embrayage à friction : C = n × f × F × R moy ; une garniture grasse fait patiner.
  • Moteur-frein à manque de courant : serré sans alimentation, c'est une sécurité.
  • L'entrefer grandit avec l'usure : on le contrôle selon la notice.
  • On ne bloque jamais un limiteur, on cherche la cause du déclenchement.
  • On ne desserre jamais un frein avant d'avoir posé ou calé la charge.

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