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Métrologie · cours 2 sur 5 · 9 min de lecture

Mesurer au pied à coulisse

Nommer les organes d'un pied à coulisse, comprendre le principe du vernier, lire une cote au 1/10, au 1/20 et au 1/50, réaliser les quatre mesures (extérieure, intérieure, profondeur, épaulement) et éviter les erreurs qui faussent le résultat.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. L'instrument que l'on prend en premier

Au poste de contrôle de Méca-Garonne, le premier instrument que l'on prend pour vérifier un support de vérin SV-40 est presque toujours le pied à coulisse. C'est un instrument de mesure directe : la valeur se lit sur l'instrument lui-même, sans passer par une référence extérieure. Un seul instrument mesure une épaisseur, un diamètre de perçage, une profondeur de lamage ou la hauteur d'une marche. Les modèles courants mesurent de 0 à 150 mm ou de 0 à 200 mm.

Schéma : pied à coulisse au 1/50 ouvert de 30,00 mm, avec la règle graduée, le coulisseau, les becs extérieurs et intérieurs, le vernier de 50 divisions, la vis de blocage, la molette, la jauge de profondeur qui dépasse de 30 mm et les faces d'épaulement
Toutes les faces de mesure bougent ensemble : l'ouverture des becs, la sortie de la jauge et l'écart des faces d'épaulement valent la même cote.

L'instrument se compose d'une partie fixe, la règle, et d'une partie mobile, le coulisseau, qui glisse le long de la règle. Chaque organe a un rôle précis.

Règle graduée

Graduée en millimètres. Elle porte le bec fixe à son extrémité. C'est sur elle que l'on lit les millimètres entiers.

Coulisseau et vernier

Le coulisseau porte le bec mobile et le vernier, une petite échelle graduée qui donne la fraction de millimètre.

Becs extérieurs

Les grands becs du bas. Ils serrent la pièce pour une mesure extérieure : épaisseur, largeur, diamètre d'un arbre.

Becs intérieurs

Les petits becs du haut, taillés en couteau. Ils s'écartent dans un trou pour une mesure intérieure : diamètre, largeur de rainure.

Jauge de profondeur

Une tige fine qui sort du bout de la règle quand on ouvre l'instrument. Elle mesure une profondeur de trou ou de lamage.

Vis de blocage et molette

La molette déplace finement le coulisseau avec le pouce. La vis de blocage fige la position pour lire au calme.

2. Le principe du vernier

Avec une simple règle, l'œil ne sait pas lire mieux que le demi-millimètre. Le vernier, du nom du mathématicien Pierre Vernier qui l'a décrit en 1631, permet d'aller beaucoup plus loin. L'idée : graduer le coulisseau avec des divisions un peu plus courtes que le millimètre de la règle.

Prenons le vernier le plus simple, au 1/10. On partage 9 mm en 10 divisions : chaque division vaut 0,9 mm. Becs fermés, le zéro du vernier est en face du zéro de la règle. Le 1er trait du vernier est alors en retard de 0,1 mm sur le 1er millimètre, le 2e en retard de 0,2 mm, et ainsi de suite jusqu'au 10e, qui tombe pile sur le 9e mm. Si l'on ouvre de 0,3 mm, c'est le 3e trait qui rattrape son retard et s'aligne avec un trait de la règle. Le rang du trait aligné donne donc les dixièmes.

Schéma : vernier au 1/10 agrandi, 10 divisions sur 9 mm ; en haut becs fermés avec les écarts de 0,1, 0,2, 0,3 mm entre traits ; en bas vernier avancé de 0,3 mm avec le 3e trait aligné ; encadré avec le calcul pour les verniers au 1/10, 1/20 et 1/50
Chaque division du vernier est un peu plus courte qu'un millimètre : le trait qui s'aligne indique de combien le coulisseau a avancé au-delà du dernier millimètre entier.

Le vernier au 1/50, le plus courant en atelier, suit exactement le même raisonnement avec des divisions plus fines. On partage 49 mm en 50 divisions.

une division du vernier = 49 ÷ 50 = 0,98 mm donc résolution = 1 − 0,98 = 0,02 mm

Au 1/20, on partage 19 mm en 20 divisions de 0,95 mm, ce qui donne 1 − 0,95 = 0,05 mm. Beaucoup de fabricants étalent ces 20 divisions sur 39 mm pour écarter les traits : chaque division vaut 1,95 mm et l'écart avec 2 mm reste de 0,05 mm. Dans tous les cas, la résolution, c'est-à-dire la plus petite valeur que l'instrument permet de lire, vaut 1 mm divisé par le nombre de divisions du vernier. Elle est souvent gravée sur l'instrument (« 0,02 mm »).

Vernier au 1/10
10 divisions → lecture à 0,1 mm
Vernier au 1/20
20 divisions → lecture à 0,05 mm
Vernier au 1/50
50 divisions → lecture à 0,02 mm

3. Lire une cote pas à pas

  1. 1.Identifier le vernier : compter ses divisions ou lire la résolution gravée (0,1, 0,05 ou 0,02 mm).
  2. 2.Lire les millimètres entiers : c'est le dernier trait de la règle situé à gauche du zéro du vernier. Si le zéro tombe juste après le 37, on a 37 mm entiers.
  3. 3.Chercher le trait aligné : parcourir le vernier des yeux et repérer le seul trait qui prolonge exactement un trait de la règle. Regarder aussi ses deux voisins : ils doivent être légèrement décalés, l'un d'un côté, l'autre de l'autre.
  4. 4.Calculer la fraction : rang du trait aligné × résolution.
  5. 5.Additionner millimètres entiers et fraction, puis vérifier la vraisemblance : le résultat doit être proche de la cote du plan.
Schéma : règle et vernier au 1/50 réglés sur 37,46 mm ; le zéro du vernier juste après le trait 37 ; le 23e trait du vernier aligné avec le trait 60 de la règle ; loupe agrandie 25 fois montrant les traits 22 et 24 décalés de 0,02 mm et le trait 23 aligné
37 mm entiers, 23e trait aligné : 37 + 23 × 0,02 = 37,46 mm. Sur la loupe, on voit que les traits voisins ratent leur trait de règle de 0,02 mm.

Trois lectures exactes

Au 1/10 : zéro du vernier juste après le 12, 7e trait aligné → 12 + 7 × 0,1 = 12,7 mm.
Au 1/20 : zéro juste après le 23, 7e trait aligné → 23 + 7 × 0,05 = 23,35 mm.
Au 1/50 : zéro juste après le 37, 23e trait aligné → 37 + 23 × 0,02 = 37,46 mm.

Sur un vernier au 1/50, compter jusqu'à 23 serait long. Les chiffres gravés 1, 2, 3… 10 aident : chaque chiffre marque 5 traits, soit un dixième de millimètre. Dans l'exemple, le trait aligné est le 3e après le « 4 » : 0,40 + 3 × 0,02 = 0,46 mm. On retrouve bien 37,46 mm.

Chez Méca-Garonne : la plaque du SV-40 a une épaisseur de 15 mm, sans tolérance écrite. C'est donc la tolérance générale du cartouche, ISO 2768-m, qui s'applique : ±0,2 mm, soit de 14,8 à 15,2 mm. Vous lisez 15 mm entiers et le 2e trait aligné : 15 + 2 × 0,02 = 15,04 mm. La cote est conforme.

Manipulez le pied à coulisse

Faites glisser le curseur ou utilisez les boutons : la loupe montre la règle et le vernier trait pour trait. Changez de vernier (1/10, 1/20, 1/50) et regardez quel trait vient s’aligner. Décochez « Montrer la lecture » pour vous tester.

piècezone agrandie ci-dessous2345678012345678910règle (mm)vernier 1/50

Règle : le zéro du vernier a dépassé le trait 23 → 23 mm. Vernier : c’est le trait n° 17 qui est aligné avec un trait de la règle → 17 × 0,02 = 0,34 mm. Cote : 23 + 0,34 = 23,34 mm.

Pour vous entraîner sur des lectures tirées au hasard et corrigées une à une, ouvrez l’atelier de mesure.

4. Les pieds à coulisse à cadran et numériques

Sur un pied à coulisse à cadran, le vernier est remplacé par une aiguille entraînée par une crémaillère. On lit les millimètres entiers sur la règle, puis la fraction sur le cadran, gradué en général au 0,02 ou au 0,01 mm. Un tour d'aiguille correspond souvent à 1 ou 2 mm : regardez ce qui est écrit sur le cadran avant la première mesure.

Le pied à coulisse numérique affiche directement la valeur, en général au 0,01 mm. Il se remet à zéro d'un appui, dans n'importe quelle position, et certains modèles transmettent la mesure à un ordinateur. Attention : afficher deux décimales ne rend pas l'instrument plus juste. Les becs, le jeu du coulisseau et votre geste restent les mêmes. Un numérique n'est pas plus exact qu'un bon pied à coulisse au 1/50 ; il est surtout plus rapide et évite les erreurs de lecture. Vérifiez aussi l'unité affichée : un appui sur le bouton « mm/in » passe en pouces.

5. Les quatre mesures

Schéma : quatre coupes simplifiées du SV-40 ; mesure extérieure de l'épaisseur 15 entre les becs ; mesure intérieure du lamage Ø18 avec les becs intérieurs ; mesure de la profondeur 11 du lamage avec la jauge ; mesure de l'épaulement de 20 mm entre le dessus du bossage et le dessus de la plaque
Une seule lecture pour quatre usages : ce qui change, ce sont les faces en contact et la façon de tenir l'instrument.

Extérieure

Pièce enfoncée au fond des becs, là où ils sont le plus rigides, règle perpendiculaire aux faces. Exemple : épaisseur de la plaque, 15 mm.

Intérieure

Becs intérieurs entrés le plus loin possible, puis on fait osciller doucement l'instrument et on retient la valeur la plus grande : c'est le diamètre. Exemple : lamage Ø18.

Profondeur

Bout de la règle bien à plat sur la face de référence, jauge descendue jusqu'au fond, instrument vertical. Exemple : profondeur du lamage, 11 mm.

Épaulement

Une face d'épaulement sur la marche haute, l'autre sur la marche basse. Exemple : hauteur du bossage au-dessus de la plaque, 35 − 15 = 20 mm.

Le pied à coulisse a ses limites. L'alésage Ø20H7 du SV-40 n'a que 0,021 mm de tolérance : aucun pied à coulisse ne peut trancher sur une cote aussi serrée. On le contrôle au micromètre d'intérieur, à l'alésomètre ou au tampon, que vous verrez dans les chapitres suivants.

6. Les erreurs qui faussent la mesure

Parallaxe : si l'œil regarde le vernier de biais, le trait qui semble aligné n'est pas le bon. Placez l'œil bien en face de la zone de lecture, perpendiculairement à la règle.
Bec incliné : en mesure extérieure, un instrument penché mesure une diagonale et donne une valeur trop grande. En mesure intérieure, des becs qui ne passent pas par le centre mesurent une corde et donnent une valeur trop petite.
Force de serrage : le coulisseau a un léger jeu. Serrer fort fait basculer le bec mobile et fausse la lecture, sans compter qu'une pièce mince se déforme. Serrez juste assez pour sentir le contact.
Mesure au bout des becs : les pointes fléchissent. Mesurez le plus près possible de la règle.
Pièce chaude : une pièce qui sort de la machine est dilatée. Elle mesurera moins une fois refroidie. Attendez qu'elle soit à la température de l'atelier.
Zéro non vérifié : avant la série, fermez les becs propres. Le zéro du vernier doit tomber sur le zéro de la règle, et son dernier trait sur un trait de la règle. Un numérique se remet à zéro becs fermés. Si le zéro ne revient pas, n'utilisez pas l'instrument et signalez-le.
Bavure ou copeau entre la pièce et les becs : toujours ébavurer et essuyer avant de mesurer.

7. Prendre soin de l'instrument

Un pied à coulisse est un instrument de précision, pas un outil. Il ne sert jamais de pointe à tracer, de clé ou de levier. Essuyez-le après usage, surtout s'il a touché du liquide de coupe. Rangez-le dans son étui, vis de blocage desserrée et becs légèrement écartés. Ne le posez pas au milieu des copeaux ni sur une machine qui vibre. Chaque instrument de l'atelier porte une étiquette de vérification du service métrologie : si la date est dépassée, ou si l'instrument est tombé, mettez-le de côté et prévenez votre responsable.

8. Pour aller plus loin

À retenir
  • Résolution du vernier = 1 mm ÷ nombre de divisions : 0,1, 0,05 ou 0,02 mm.
  • Au 1/50, 50 divisions occupent 49 mm : chaque division vaut 0,98 mm.
  • Lecture = millimètres entiers avant le zéro + rang du trait aligné × résolution.
  • Extérieur au fond des becs, intérieur à la valeur maximale, profondeur à plat.
  • Œil en face, serrage léger, pièce froide et propre, zéro vérifié avant la série.

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