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Matériaux · cours 3 sur 4 · 9 min de lecture

Reconnaître les métaux à l'atelier

Distinguer les métaux ferreux et non ferreux, connaître les propriétés qui comptent au poste, identifier un métal par des tests simples (aimant, couleur, masse, étincelle) et exploiter le marquage, le certificat matière et le numéro de coulée pour ne jamais mélanger les lots.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Pourquoi l'opérateur doit savoir reconnaître un métal

Chez Méca-Garonne, Karim prépare le lancement du support de vérin SV-40. Le plan SV-40-01 indice B demande de l'acier S235JR. Au magasin, il trouve deux barres plates de même section, rangées côte à côte. L'une est de l'acier, l'autre de l'inox. Si Karim se trompe, la pièce sera usinée, contrôlée aux cotes… et fausse quand même. Aucun pied à coulisse ne détecte une erreur de matière.

Schéma : arbre de reconnaissance des métaux, ferreux (aciers, fontes, inox) et non ferreux (aluminium, cuivre, laiton, bronze, titane), avec pour chacun la réaction à l'aimant, la couleur et la masse volumique
Commencez toujours par le marquage ; l'aimant, la couleur et la masse ne servent qu'à confirmer ou à donner l'alerte.

Votre rôle n'est pas de faire une analyse de laboratoire. Il est de vérifier que le métal que vous prenez est bien celui du plan, et de donner l'alerte quand quelque chose ne colle pas : une barre sans marquage, une couleur inattendue, une pièce anormalement légère. Ce chapitre vous donne les repères pour le faire.

2. Deux grandes familles : ferreux et non ferreux

Un métal est dit ferreux quand son élément principal est le fer. Tous les autres sont non ferreux. Cette séparation est la première question à se poser, car elle change tout : la façon d'usiner, de souder, de stocker, et même le bac où partent les copeaux.

Aciers (ferreux)

Fer + un peu de carbone (moins de 2 % environ). Le plus courant à l'atelier : bâtis, supports, axes. Le S235JR du SV-40 est un acier de construction ; le C35 de l'axe est un acier plus riche en carbone, qui peut être traité thermiquement.

Fontes (ferreux)

Fer + beaucoup de carbone (plus de 2 % environ). Coulées dans des moules : corps de pompe, carters, bâtis de machine. Cassure grise et grenue, copeaux qui s'effritent en poussière.

Inox (ferreux)

Acier contenant au moins 10,5 % de chrome environ, ce qui le protège de la rouille. Utilisé en agroalimentaire, en chimie, pour les pièces exposées. Plus difficile à usiner qu'un acier ordinaire : il « colle » à l'outil et durcit en surface si l'outil frotte.

Aluminium et alliages

Environ trois fois plus léger que l'acier. Pur, il est mou ; allié (cuivre, magnésium, zinc, silicium), il devient résistant. C'est le métal roi des structures d'avion. Il ne rouille pas, mais il se raye et se marque facilement.

Cuivre, laiton, bronze

Le cuivre (rouge-orangé) conduit très bien l'électricité et la chaleur. Le laiton (cuivre + zinc, jaune) s'usine très bien : raccords, douilles. Le bronze (cuivre + étain, brun doré) sert aux bagues de frottement.

Titane

Aussi résistant que beaucoup d'aciers pour un peu plus de la moitié de leur masse, et très résistant à la corrosion. Fixations, pièces de moteur et de train d'atterrissage. Cher, difficile à usiner, et ses copeaux fins peuvent s'enflammer.

3. Les propriétés qui comptent au poste

Une propriété est ce qui caractérise le comportement d'un métal. Le bureau d'études les choisit ; vous, vous les rencontrez directement à la machine et à l'établi.

Masse volumique
masse d'un cm³ de métal, en g/cm³ : elle dit si une pièce « pèse le bon poids »
Dureté
résistance à la rayure et à la pénétration : elle conditionne l'outil et la vitesse de coupe
Usinabilité
facilité à être coupé : le laiton est facile, l'inox et le titane sont exigeants
Résistance à la corrosion
l'acier nu rouille, l'inox et le titane résistent, l'aluminium se couvre d'une fine couche protectrice
Magnétisme
attiré ou non par un aimant : premier test de tri, mais pas infaillible
Conductivité
le cuivre et l'aluminium conduisent très bien le courant et la chaleur

4. Identifier un métal avec des tests simples

Aucun de ces tests ne suffit seul. Ils se combinent, et ils confirment ce que dit le marquage. Suivez-les dans cet ordre, du plus sûr au plus délicat.

  1. 1Lire le marquage sur la barre, la tôle ou l'étiquette du lot : nuance, dimensions, numéro de coulée. C'est la seule information vraiment fiable. Les autres tests servent à vérifier qu'elle est cohérente.
  2. 2Présenter un aimant. Les aciers, les fontes et la plupart des inox dits ferritiques ou martensitiques sont attirés. L'aluminium, le cuivre, le laiton, le bronze et le titane ne le sont pas. Piège : les inox austénitiques, les plus répandus (par exemple X5CrNi18-10), ne sont pas ou presque pas magnétiques. Un métal gris clair que l'aimant n'attire pas peut donc être de l'inox, de l'aluminium ou du titane.
  3. 3Observer la couleur et l'aspect, sur une surface propre ou fraîchement limée. Acier : gris, souvent recouvert d'une calamine noire bleutée s'il est laminé à chaud. Inox : gris clair, brillant. Aluminium : gris blanc, mat. Cuivre : rouge-orangé. Laiton : jaune. Bronze : brun doré. Titane : gris foncé, proche de l'acier.
  4. 4Soupeser ou peser. Deux barres de même taille ne pèsent pas le même poids si leur métal diffère. Pesez, calculez le volume, divisez : vous obtenez la masse volumique. C'est le test qui distingue le mieux le titane de l'acier.
  5. 5L'essai à l'étincelle, seulement si vous y êtes autorisé et formé. On présente brièvement une chute sur la meule et on observe la gerbe. En principe : un acier doux donne une gerbe longue, jaune clair, avec peu d'éclatements ; plus l'acier contient de carbone, plus les étincelles éclatent en petites étoiles ; la fonte donne des étincelles courtes et rougeâtres ; l'inox, une gerbe courte et peu fournie ; le titane, des étincelles blanc éclatant. L'aluminium, le cuivre et ses alliages ne donnent pas d'étincelles.
Schéma : quatre barres rondes identiques de diamètre 40 mm et de longueur 100 mm, en aluminium, titane, acier et cuivre, avec leur masse volumique et leur masse calculée
Même volume, masses très différentes : la balance distingue le titane de l'acier là où l'œil hésite.

Exemple de calcul chez Méca-Garonne

Une chute ronde de diamètre 40 mm et de longueur 100 mm a un volume d'environ 126 cm³ (π × 2 cm × 2 cm × 10 cm). Karim la pèse : 565 g. 565 ÷ 126 ≈ 4,5 g/cm³. Ce n'est pas de l'acier (≈ 7,85 g/cm³, soit près de 990 g), ni de l'aluminium (≈ 2,7 g/cm³, soit environ 340 g) : c'est très probablement du titane. Il la met de côté, avec une étiquette, et prévient son chef d'équipe.
L'aimant ne prouve pas qu'une pièce est en acier ordinaire : un inox ferritique est aussi attiré. Et l'absence d'attraction ne prouve pas que c'est de l'aluminium : pensez aux inox austénitiques et au titane.
L'essai à l'étincelle se fait avec protection des yeux, sur une meule en bon état, protecteur en place, loin de toute matière inflammable. Ne l'improvisez pas : demandez l'autorisation.
Ne meulez jamais d'aluminium sur une meule destinée à l'acier : il encrasse la meule et les poussières mêlées sont dangereuses. Les poussières et copeaux fins de titane peuvent s'enflammer.
Un test ne remplace jamais le document. En cas de doute, la pièce est isolée et étiquetée, et vous demandez. Elle n'est pas lancée « pour voir ».

5. Marquage, certificat matière et numéro de coulée

Beaucoup de fournisseurs peignent l'extrémité des barres d'une couleur selon la nuance. C'est pratique pour ranger, mais le code couleur dépend du fournisseur : il n'existe pas de correspondance universelle. Le rouge d'un négociant n'est pas le rouge d'un autre. La couleur aide à trier ; elle ne remplace ni l'étiquette, ni le marquage frappé ou imprimé sur la barre.

Chaque lot de métal livré est accompagné d'un certificat matière. Ce document du fournisseur indique la nuance, la composition chimique, les caractéristiques mécaniques mesurées et le numéro de coulée. Dans l'industrie, il s'agit souvent d'un certificat de type 3.1 selon la norme EN 10204. La coulée est la quantité de métal élaborée en une seule fois à l'aciérie ; son numéro suit le métal jusqu'à la barre, puis jusqu'à la pièce.

Schéma : chaîne de traçabilité matière, de la coulée à l'aciérie au certificat 3.1, à la barre marquée et peinte, au débit reporté sur la fiche suiveuse, jusqu'aux pièces SV-40-01 du lot
Le numéro de coulée relie chaque pièce au certificat : c'est lui qu'on recopie à chaque étape, pas la couleur de la barre.

Au débit, l'opérateur de Méca-Garonne recopie le numéro de coulée de la barre sur la fiche suiveuse du lot SV-40-01. Si la barre est entamée, il reporte le marquage sur la partie qui retourne au stock, pour qu'elle ne devienne pas une barre anonyme. Si, dans trois ans, un client découvre un défaut matière, l'entreprise pourra retrouver toutes les pièces issues de la même coulée, et seulement celles-là.

6. Pourquoi on ne mélange jamais les chutes

Une chute est le morceau de barre ou de tôle qui reste après un débit. Tant qu'elle porte son marquage, c'est de la matière utilisable. Dès qu'elle le perd, c'est un morceau de métal inconnu. En aéronautique, une pièce doit pouvoir être reliée à son certificat matière : une chute non identifiée ne peut plus servir à fabriquer une pièce d'avion, même si « tout le monde sait » que c'est de l'aluminium.

Le risque technique

Deux alliages d'aluminium peuvent avoir le même aspect et des résistances très différentes. Une ferrure usinée dans le mauvais alliage passe le contrôle dimensionnel et casse en service.

Le risque de traçabilité

Une pièce sans numéro de coulée ne peut plus être rappelée ni justifiée. Le client peut refuser tout le lot.

La règle chez Méca-Garonne

Un bac par nuance, étiqueté. Une chute sans marquage part au bac « matière non identifiée », jamais dans le rack. Les copeaux aussi sont triés par famille de métal pour le recyclage.

7. Rappel : lire la désignation

Le plan et le certificat désignent le métal par un code normalisé. Le chapitre « Désignation des matériaux » explique la méthode complète ; retenez ici les formes que vous croiserez le plus : S235JR (acier de construction, 235 = limite d'élasticité minimale en MPa), C35 (acier à 0,35 % de carbone environ), X5CrNi18-10 (inox au chrome-nickel), EN AW-2017A (alliage d'aluminium au cuivre, en demi-produit corroyé). Avant de débiter, comparez mot pour mot la désignation du plan, celle de l'étiquette et celle du certificat.

8. Pour aller plus loin

À retenir
  • Ferreux = à base de fer (aciers, fontes, inox) ; non ferreux = tout le reste (aluminium, cuivre, laiton, bronze, titane).
  • Le marquage et le certificat matière font foi ; aimant, couleur, masse et étincelle ne font que confirmer.
  • Les inox austénitiques et le titane ne sont pas attirés par l'aimant : ce test ne suffit jamais seul.
  • Repères de masse volumique : aluminium ≈ 2,7 ; titane ≈ 4,5 ; acier ≈ 7,85 ; cuivre ≈ 8,96 g/cm³.
  • Le code couleur des barres dépend du fournisseur ; le numéro de coulée, lui, se recopie à chaque étape.
  • Une chute qui a perdu son marquage n'est plus utilisable en aéronautique. Dans le doute : isoler, étiqueter, demander.

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