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Matériaux · cours 4 sur 4 · 8 min de lecture

Les matières plastiques à l'atelier

Expliquer ce qu'est un polymère ; distinguer thermoplastiques, thermodurcissables et élastomères ; associer les plastiques courants à leurs usages ; tenir compte de leurs propriétés et de leurs limites ; usiner un plastique sans le déformer ; l'identifier sans essai dangereux ; le trier et lire son code de recyclage.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Des plastiques partout dans l'atelier

Chez Méca-Garonne, on usine surtout de l'acier et de l'aluminium. Mais regardez autour de vous : patins de glissière, bagues de guidage, galets de convoyeur, écran transparent de la fraiseuse, gaines de câbles, joints. Tout cela est en matière plastique. Un client vient d'ailleurs de commander à Méca-Garonne une série de bagues en POM. Ce chapitre vous donne les repères pour reconnaître ces matières, les usiner et les trier.

Schéma : trois familles de plastiques et leur structure : thermoplastiques (chaînes libres enchevêtrées, ramollissent et se refondent : PE, PP, PVC, PA, POM, PC), thermodurcissables (chaînes liées en réseau serré, ne fondent pas : époxy, polyester, phénolique), élastomères (chaînes pelotonnées reliées par quelques liens, s'étirent et reprennent leur forme : NBR, EPDM, silicone)
La façon dont les chaînes sont liées entre elles explique le comportement à la chaleur et à l'effort.

2. D'où vient un plastique

Un plastique est un polymère : une très longue chaîne de molécules identiques accrochées les unes aux autres, comme les maillons d'une chaîne. La plupart sont fabriqués à partir du pétrole ou du gaz naturel ; quelques-uns sont issus de matières végétales, on les dit biosourcés. On y ajoute des additifs : colorants, stabilisants contre les ultraviolets, et parfois des charges comme les fibres de verre, qui rendent la matière plus rigide.

Le nom du plastique s'écrit presque toujours avec un sigle : PE pour polyéthylène, PA pour polyamide. Retenez les sigles plutôt que les noms chimiques : ce sont eux qui figurent sur les plans, les barres et les bons de livraison.

3. Trois familles

Les thermoplastiques

Leurs chaînes ne sont pas liées entre elles. À la chaleur, elles glissent : la matière ramollit, puis fond. En refroidissant, elle redevient solide. On peut donc les mouler, les souder et les recycler par refonte. Ce sont la grande majorité des plastiques de l'atelier.

Les thermodurcissables

Leurs chaînes se sont liées en un réseau au moment de la fabrication, une fois pour toutes. Ils ne fondent plus : trop chauffés, ils brûlent ou se dégradent. Ce sont les résines époxy et polyester des composites, les colles structurales, les isolants électriques rigides.

Les élastomères

Leurs chaînes pelotonnées sont reliées par quelques liens. Ils s'étirent beaucoup sous l'effort et reprennent leur forme ensuite. Ce sont les caoutchoucs : joints toriques en NBR, joints de porte en EPDM, silicone.

4. Les plastiques courants en mécanique

PA — polyamide (« nylon »)
engrenages, galets, bagues ; reprend l'humidité et gonfle un peu
POM — polyacétal
pièces précises, glissières, pignons ; s'usine très bien, dimensions stables
PE — polyéthylène
patins d'usure, guides de convoyeur ; glisse bien, peu rigide
PP — polypropylène
bacs, cuves, pièces au contact de produits chimiques ; très léger
PVC — polychlorure de vinyle
tubes, gaines, plaques ; dégage des vapeurs acides s'il surchauffe
PMMA — verre acrylique
capots transparents, hublots ; se raye, casse net au choc
PC — polycarbonate
écrans de protection des machines ; transparent et très résistant au choc
PTFE (« téflon »)
joints, patins, revêtements anti-adhérents ; frottement très faible, tient la chaleur
PEEK
pièces de haute performance en aéronautique et médical ; tient plus de 200 °C, très cher

5. Les propriétés utiles… et les limites

Légers

Masse volumique d'environ 0,9 à 1,4 g/cm³ pour la plupart, soit cinq à huit fois moins que l'acier. Le PTFE, à environ 2,2 g/cm³, fait exception.

Bons en frottement

PA, POM, PE et PTFE glissent sur l'acier avec peu ou pas de graissage : c'est pour cela qu'on en fait des patins et des bagues.

Isolants

Ils ne conduisent ni l'électricité ni la chaleur : poignées, gaines, supports de pièces sous tension.

Résistants à la corrosion

Ils ne rouillent pas, et beaucoup supportent l'eau et de nombreux produits chimiques. Chaque plastique a cependant ses ennemis : vérifiez sur la fiche.

Leurs limites comptent autant. Ils sont beaucoup moins rigides que l'acier : au moins cinquante fois moins pour les plastiques techniques courants. La plupart ramollissent vers 80 à 100 °C ; seuls quelques-uns, comme le PTFE et le PEEK, travaillent au-delà de 200 °C. Ils fluent : sous une charge constante, même modérée et à température ambiante, ils se déforment lentement pendant des semaines. Une bride serrée sur une pièce plastique finit ainsi par se desserrer.

Enfin, ils se dilatent beaucoup. L'allongement se calcule comme pour l'acier, avec un coefficient α bien plus grand : environ 12 millionièmes par degré pour l'acier, souvent autour de 100 pour un plastique technique. Prenez toujours la valeur de la fiche de la nuance.

allongement = α × longueur × écart de température
Schéma : barres comparant l'allongement d'une pièce de 100 mm chauffée de 10 °C : acier 0,012 mm, aluminium 0,023 mm, POM 0,110 mm avec un coefficient indicatif de 110 millionièmes par degré
À longueur et échauffement égaux, un plastique technique s'allonge environ dix fois plus que l'acier.

Exemple chez Méca-Garonne

Karim usine une bague en POM de diamètre 60 mm. En sortie de machine, elle est à 35 °C, soit 15 °C au-dessus des 20 °C de référence. Avec α ≈ 110 × 10⁻⁶ par °C : 110 × 10⁻⁶ × 60 × 15 ≈ 0,099 mm. Mesurée chaude, la bague paraît trop grande d'un dixième de millimètre. En acier, l'écart serait d'environ 0,011 mm.

6. Usiner un plastique

Un plastique se coupe facilement, mais il supporte mal la chaleur et l'effort de serrage. Les réglages viennent de la gamme et des recommandations du fournisseur de la matière ; voici les principes qui les expliquent.

  1. 1.Des outils bien affûtés, à arête vive et à coupe positive. Un outil émoussé frotte au lieu de couper : il chauffe la matière et laisse des bavures.
  2. 2.Pas d'échauffement : dégagez les copeaux, soufflez à l'air, arrosez si la gamme le prévoit. Un plastique trop chaud fond, colle à l'outil et prend des cotes fausses.
  3. 3.Un bridage qui n'écrase pas : serrage modéré, mors doux, grandes surfaces d'appui. Une pièce écrasée à l'étau est usinée déformée ; au desserrage, elle reprend sa forme et la cote part.
  4. 4.Surveiller les copeaux : PE et PA donnent de longs copeaux filants qui s'enroulent autour de l'outil. Arrêtez la machine pour les retirer, jamais à la main en rotation.
  5. 5.Mesurer à température ambiante, après avoir laissé la pièce reposer. Sur les pièces précises, la gamme prévoit souvent une ébauche, un temps de repos, puis la finition.
  6. 6.Ébavurer au grattoir ou à l'outil adapté : les bavures de plastique sont souples et restent accrochées.
Le PVC surchauffé dégage des vapeurs acides : pas d'échauffement, aspiration au poste.
Les plastiques chargés de fibres de verre usent vite les outils et produisent des poussières irritantes : aspiration et protection respiratoire selon la fiche de données de sécurité.
Un plastique qui reprend l'humidité, comme le PA, peut changer de cote entre l'usinage et le contrôle : suivez les consignes de stockage et de contrôle.

7. Identifier un plastique à l'atelier

Comme pour les métaux, le marquage fait foi : étiquette de la barre ou de la plaque, bon de livraison, certificat. Beaucoup de pièces moulées portent le sigle entre chevrons, par exemple >POM< ou >PA6-GF30< (polyamide 6 chargé à 30 % de fibres de verre). Sans marquage, quelques indices sans danger aident à s'orienter.

L'eau

Déposez une petite chute propre dans un seau d'eau. Le PE et le PP, plus légers que l'eau, flottent. La plupart des autres plastiques coulent.

Le toucher

PE et PTFE ont un toucher gras, cireux. Le POM est dur et lisse. Le PMMA est rigide et transparent, le PC aussi mais il plie avant de casser.

La couleur

Elle trompe souvent : un même plastique existe en blanc, en noir ou en couleur. Elle ne sert qu'à confirmer.
Pas d'essai au feu à l'atelier. Brûler un plastique pour le reconnaître dégage des fumées toxiques et corrosives : acide chlorhydrique pour le PVC, composés fluorés très dangereux pour le PTFE, gaz azotés pour les polyamides. La flamme peut aussi faire tomber des gouttes enflammées et démarrer un incendie. Cet essai est réservé à un laboratoire équipé. Une matière non identifiée est isolée, étiquetée, et vous demandez.

8. Trier et recycler

Les copeaux et chutes de plastique ne vont ni avec les copeaux métalliques ni dans les bacs de liquide de coupe. Ils se trient par type, selon la consigne de l'atelier. Un thermoplastique trié peut être broyé et refondu. Un thermodurcissable ne se refond pas : il est broyé pour servir de charge, ou valorisé comme combustible. Un mélange de plastiques différents devient très difficile à recycler.

Sur les emballages et les pièces moulées, un triangle de flèches avec un numéro indique la résine : c'est un code d'identification, qui aide au tri. Il ne signifie pas que l'objet est recyclé, ni qu'il sera recyclé partout.

Schéma : sept triangles de flèches numérotés de 1 à 7 avec leur résine : 1 PET, 2 PEHD, 3 PVC, 4 PEBD, 5 PP, 6 PS, 7 autres ; les plastiques techniques (PA, POM, PC, PMMA, PEEK) sont presque tous rangés en 7
Le numéro dans le triangle identifie la résine ; c'est une aide au tri, pas une promesse de recyclage.
1 PET
bouteilles, films
2 PEHD
polyéthylène haute densité : bidons, patins
3 PVC
tubes, gaines
4 PEBD
polyéthylène basse densité : films, sacs
5 PP
bacs, pièces moulées
6 PS
polystyrène : emballages, calage
7 Autres
toutes les autres résines, dont PA, POM, PC

9. Pour aller plus loin

À retenir
  • Un plastique est un polymère, désigné par un sigle : PA, POM, PE, PP, PVC, PMMA, PC, PTFE, PEEK.
  • Thermoplastique : ramollit et se refond, se recycle. Thermodurcissable : ne fond pas. Élastomère : s'étire et revient.
  • Atouts : légèreté, frottement, isolation, corrosion. Limites : peu rigide, ramollit tôt, flue, se dilate environ dix fois plus que l'acier.
  • Usinage : outils affûtés, pas d'échauffement, bridage sans écraser, mesure à température ambiante.
  • Identification : le marquage fait foi ; l'essai à l'eau est sans danger ; jamais d'essai au feu à l'atelier.
  • Tri par type, séparé des métaux ; le triangle numéroté identifie la résine, il ne garantit pas le recyclage.

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