Essais et propriétés mécaniques des matériaux
Lire une courbe de traction, définir Re, Rm, A% et E, distinguer les essais de dureté Brinell, Vickers et Rockwell, comprendre la résilience Charpy et la fatigue.
1. Pourquoi essayer un matériau ?
Le bureau d'études dimensionne une pièce à partir de valeurs mesurées, jamais devinées. Les essais mécaniques normalisés (NF EN ISO) donnent ces valeurs : la traction fournit résistance et ductilité, la dureté mesure la résistance à la pénétration, la résilience mesure la résistance au choc, et l'essai de fatigue renseigne sur la tenue à des efforts répétés.
2. L'essai de traction
Une éprouvette calibrée (section initiale S0, longueur de référence L0) est tirée à vitesse lente jusqu'à rupture. La machine enregistre l'effort F et l'allongement ΔL. On trace ensuite la contrainte σ = F / S0 (en MPa) en fonction de la déformation ε = ΔL / L0 (sans unité).
- 1Domaine élastique : la courbe est une droite, σ = E · ε (loi de Hooke). Si on relâche, l'éprouvette revient à sa longueur initiale.
- 2Limite élastique Re : fin de la droite. Au-delà, la déformation devient permanente (plastique). Pour les matériaux sans palier net, on utilise Rp0,2 : contrainte laissant 0,2 % d'allongement résiduel.
- 3Résistance à la traction Rm : sommet de la courbe, contrainte maximale supportée.
- 4Striction puis rupture : la section se réduit localement, l'effort chute, l'éprouvette casse. On mesure alors l'allongement à la rupture A% = (Lu − L0) / L0 × 100.
Le module de Young E ne dépend pas du traitement thermique : un acier doux et un acier trempé ont le même E (210 000 MPa). La trempe augmente Re et Rm mais réduit A%. L'aluminium se déforme trois fois plus que l'acier sous la même contrainte.
3. Les essais de dureté
Brinell (HB)
Vickers (HV)
Rockwell (HRC, HRB)
Un pont pratique
4. Résilience : l'essai Charpy
Un mouton-pendule frappe une éprouvette entaillée (entaille en V, 10 × 10 mm) et on mesure l'énergie absorbée pour la rompre, notée KV en joules. Un acier S235 à 20 °C absorbe 27 J au minimum ; le même acier à −40 °C peut devenir fragile et n'absorber que quelques joules. C'est la transition ductile-fragile, responsable de ruptures de navires et de ponts par grand froid.
5. La fatigue
Une pièce sollicitée par un effort variable et répété (arbre en rotation, ressort, bielle) peut casser sous une contrainte bien inférieure à Re. La fissure naît en surface, sur un défaut ou un changement de section, puis progresse à chaque cycle. La courbe de Wöhler donne le nombre de cycles à rupture N en fonction de la contrainte alternée σa. Pour les aciers, il existe une limite d'endurance σD ≈ 0,5 × Rm au-delà de 107 cycles ; les alliages d'aluminium n'en ont pas.
En images
Pour aller plus loin
- σ = F/S₀, ε = ΔL/L₀, et σ = E·ε dans le domaine élastique.
- Re : fin de l'élasticité ; Rm : contrainte maxi ; A% : ductilité.
- E acier = 210 000 MPa, E aluminium = 69 000 MPa, quel que soit le traitement.
- Brinell = bille, Vickers = pyramide, Rockwell = profondeur lue directement.
- Fatigue : rupture possible sous Re après des millions de cycles ; σD ≈ 0,5 Rm pour l'acier.
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