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RAAI Formation
Matériaux · cours 2 sur 4 · 15 min de lecture

Essais et propriétés mécaniques des matériaux

Lire une courbe de traction, définir Re, Rm, A% et E, distinguer les essais de dureté Brinell, Vickers et Rockwell, comprendre la résilience Charpy et la fatigue.

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1. Pourquoi essayer un matériau ?

Le bureau d'études dimensionne une pièce à partir de valeurs mesurées, jamais devinées. Les essais mécaniques normalisés (NF EN ISO) donnent ces valeurs : la traction fournit résistance et ductilité, la dureté mesure la résistance à la pénétration, la résilience mesure la résistance au choc, et l'essai de fatigue renseigne sur la tenue à des efforts répétés.

2. L'essai de traction

Une éprouvette calibrée (section initiale S0, longueur de référence L0) est tirée à vitesse lente jusqu'à rupture. La machine enregistre l'effort F et l'allongement ΔL. On trace ensuite la contrainte σ = F / S0 (en MPa) en fonction de la déformation ε = ΔL / L0 (sans unité).

  1. 1Domaine élastique : la courbe est une droite, σ = E · ε (loi de Hooke). Si on relâche, l'éprouvette revient à sa longueur initiale.
  2. 2Limite élastique Re : fin de la droite. Au-delà, la déformation devient permanente (plastique). Pour les matériaux sans palier net, on utilise Rp0,2 : contrainte laissant 0,2 % d'allongement résiduel.
  3. 3Résistance à la traction Rm : sommet de la courbe, contrainte maximale supportée.
  4. 4Striction puis rupture : la section se réduit localement, l'effort chute, l'éprouvette casse. On mesure alors l'allongement à la rupture A% = (Lu − L0) / L0 × 100.
σ = F / S0  ;  ε = ΔL / L0  ;  σ = E · ε — σ et E en MPa, F en N, S0 en mm²
S235 (acier de construction)
Re ≈ 235 MPa · Rm ≈ 360–510 MPa · A ≈ 26 % · E = 210 000 MPa
42CrMo4 trempé revenu
Re ≈ 750–900 MPa · Rm ≈ 1 000–1 200 MPa · A ≈ 11 % · E = 210 000 MPa
Aluminium 6060 T6
Rp0,2 ≈ 150 MPa · Rm ≈ 190 MPa · A ≈ 8 % · E = 69 000 MPa
Fonte grise EN-GJL-250
Rm ≈ 250 MPa · A < 1 % (fragile) · E ≈ 110 000 MPa

Le module de Young E ne dépend pas du traitement thermique : un acier doux et un acier trempé ont le même E (210 000 MPa). La trempe augmente Re et Rm mais réduit A%. L'aluminium se déforme trois fois plus que l'acier sous la même contrainte.

3. Les essais de dureté

Brinell (HB)

Bille en carbure de tungstène Ø 2,5 ou 10 mm sous charge (ex. 187,5 kgf). On mesure le diamètre de l'empreinte. Adapté aux matériaux tendres et hétérogènes : fontes, aciers recuits. S235 ≈ 120 HB.

Vickers (HV)

Pyramide diamant à base carrée, angle 136°. On mesure les diagonales de l'empreinte. Une seule échelle pour tous les matériaux, du plus tendre au plus dur. 42CrMo4 trempé ≈ 330 HV.

Rockwell (HRC, HRB)

Cône diamant 120° (HRC) ou bille (HRB), lecture directe de la profondeur d'empreinte. Rapide, utilisé en atelier. Acier trempé : 55 à 62 HRC ; fraise en HSS ≈ 64 HRC.

Un pont pratique

Pour les aciers, Rm (MPa) ≈ 3,3 × HB. Un acier de 120 HB tient environ 400 MPa en traction. Cette corrélation permet d'estimer la résistance d'une pièce sans la détruire.

4. Résilience : l'essai Charpy

Un mouton-pendule frappe une éprouvette entaillée (entaille en V, 10 × 10 mm) et on mesure l'énergie absorbée pour la rompre, notée KV en joules. Un acier S235 à 20 °C absorbe 27 J au minimum ; le même acier à −40 °C peut devenir fragile et n'absorber que quelques joules. C'est la transition ductile-fragile, responsable de ruptures de navires et de ponts par grand froid.

5. La fatigue

Une pièce sollicitée par un effort variable et répété (arbre en rotation, ressort, bielle) peut casser sous une contrainte bien inférieure à Re. La fissure naît en surface, sur un défaut ou un changement de section, puis progresse à chaque cycle. La courbe de Wöhler donne le nombre de cycles à rupture N en fonction de la contrainte alternée σa. Pour les aciers, il existe une limite d'endurance σD ≈ 0,5 × Rm au-delà de 107 cycles ; les alliages d'aluminium n'en ont pas.

Re se calcule avec la section initiale S₀, pas la section après striction.
Ne confondez pas dureté et résistance : une trempe superficielle durcit la peau sans changer le cœur.
Les valeurs de fatigue chutent fortement avec une rayure, une soudure ou un congé trop petit : le kt agit surtout en fatigue.
Une résilience mesurée à 20 °C ne dit rien du comportement à −20 °C : vérifiez la température d'emploi.

En images

Trois courbes de traction σ(ε) superposées : S235, 42CrMo4 trempé revenu et 6060 T6, du plus ductile au plus résistant
Courbe de traction et empreintes de dureté

Pour aller plus loin

À retenir
  • σ = F/S₀, ε = ΔL/L₀, et σ = E·ε dans le domaine élastique.
  • Re : fin de l'élasticité ; Rm : contrainte maxi ; A% : ductilité.
  • E acier = 210 000 MPa, E aluminium = 69 000 MPa, quel que soit le traitement.
  • Brinell = bille, Vickers = pyramide, Rockwell = profondeur lue directement.
  • Fatigue : rupture possible sous Re après des millions de cycles ; σD ≈ 0,5 Rm pour l'acier.

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