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Assemblages · cours 4 sur 4 · 11 min de lecture

Les assemblages non démontables : rivet aveugle, soudage, collage, sertissage

Distinguer assemblage démontable et non démontable ; poser et contrôler un rivet aveugle ; connaître les effets du soudage sur une pièce ; réussir un collage structural ; réaliser un sertissage ou un emmanchement ; prévenir la corrosion galvanique entre deux métaux ; raisonner le choix d'un assemblage.

Élève : se tester sur ce chapitre ↓

1. Démontable ou non démontable

Un assemblage est démontable quand on peut le défaire sans rien abîmer : une vis, une goupille, une clavette. Il est non démontable, ou permanent, quand le défaire oblige à détruire l'élément d'assemblage ou l'une des pièces : on perce le rivet, on meule la soudure, on arrache le joint collé. Ce chapitre présente quatre solutions permanentes que vous croiserez à l'atelier : le rivet aveugle, le soudage, le collage, le sertissage avec l'emmanchement.

Schéma : tableau comparatif de quatre assemblages non démontables (rivet aveugle, soudage, collage, sertissage et emmanchement) selon quatre critères : chaleur apportée à la pièce, possibilité d'assembler deux matériaux différents, étanchéité, moyens nécessaires au poste ; le soudage est signalé pour sa chaleur et ses déformations
Chaque assemblage a ses points forts : le choix dépend de la pièce, de l'accès et de la maintenance prévue.

Le choix n'est pas fait au hasard : il est écrit sur le plan ou dans la gamme. Votre rôle est de réaliser l'assemblage prévu dans les règles, et de donner l'alerte si quelque chose ne va pas : mauvais rivet livré, métaux qui ne vont pas ensemble, pièce déjà usinée qu'on veut souder.

Pour compléter

Les goupilles, le frettage et les familles de colles sont traités dans le chapitre « Goupilles, cannelures, frettage et collage ». Le rivetage à rivets pleins de l'aéronautique a son propre chapitre dans la matière Aérostructure.

2. Le rivet aveugle, dit « pop »

Le rivet aveugle se pose d'un seul côté de l'assemblage : c'est tout son intérêt. On l'appelle souvent « rivet pop », du nom d'une marque passé dans le langage courant. Il sert à fixer des tôles minces, des profilés, des capots, des plaques signalétiques, quand on n'a pas accès à l'arrière : caisson fermé, tube, carter.

Il se compose de deux pièces. Le corps est un petit tube avec une tête. La tige, ou mandrin, traverse le corps et se termine par une tête de tige. La pince tire la tige : la tête de tige remonte dans le corps et l'écrase côté caché. Il se forme un bourrelet qui plaque les tôles l'une contre l'autre. Quand l'effort atteint une valeur prévue, la tige casse à sa gorge de rupture.

Schéma : coupe d'un rivet aveugle dans deux tôles, avant la pose (corps tubulaire avec sa tête, tige traversante avec sa gorge de rupture et sa tête de tige, épaisseur serrée cotée, flèche de traction de la pince) et après la pose (corps écrasé formant un bourrelet sous les tôles, tige cassée à la gorge, tête de tige prisonnière, partie de tige évacuée)
La pince tire la tige, la tête de tige écrase le corps côté caché, puis la tige casse à sa gorge.
  1. 1.Vérifier le rivet prévu par la gamme : matière, diamètre, forme de tête, longueur. Les références sont sur la boîte.
  2. 2.Percer au diamètre de perçage indiqué par le fabricant, légèrement supérieur au diamètre du corps. Tenir la perceuse bien perpendiculaire.
  3. 3.Ébavurer les deux côtés quand c'est possible et retirer les copeaux coincés entre les tôles.
  4. 4.Plaquer les tôles l'une contre l'autre, avec une pince-étau ou des agrafes de positionnement.
  5. 5.Engager la tige dans le nez de la pince, choisi selon le diamètre de la tige. Enfoncer le rivet à fond dans le trou.
  6. 6.Poser en tenant la pince dans l'axe du trou, et actionner jusqu'à la rupture de la tige.
  7. 7.Contrôler : tête bien plaquée, pas de jeu, tôles serrées, bourrelet formé quand on peut le voir.

Le diamètre est choisi par le bureau d'études selon l'effort à reprendre. La longueur dépend de l'épaisseur totale à serrer. Chaque rivet a une plage de serrage, une épaisseur minimale et maximale, donnée dans le catalogue du fabricant. Mesurez l'épaisseur réelle, joints et rondelles compris, et prenez le rivet dont la plage la contient. Ne vous fiez pas à une règle de mémoire : les plages changent d'une marque et d'un modèle à l'autre.

Trou trop grand

Le corps ne remplit pas le trou : le rivet tourne ou prend du jeu. Il faut passer au diamètre supérieur, si le plan l'autorise.

Rivet trop court

Le bourrelet n'a pas la place de se former : le rivet tient mal et peut sortir sous effort.

Rivet trop long

Le bourrelet se forme loin des tôles ou se plie de travers : le serrage est faible.

Tôles non plaquées

Un copeau ou un écart entre les tôles reste emprisonné : l'assemblage bâille et vibre.

Pince de travers

La tête ne porte que d'un côté, le rivet est penché : on le dépose et on le remplace.

Pour déposer un rivet aveugle, on perce sa tête avec un foret du diamètre du corps, sans agrandir le trou, puis on chasse le reste au chasse-goupille. Récupérez la tête de tige : dans un caisson ou une machine, c'est un corps étranger qui peut bloquer un mécanisme.

3. Le soudage vu par l'opérateur

Souder, c'est fondre localement les bords des pièces, le plus souvent avec un métal d'apport, pour qu'en refroidissant ils ne forment plus qu'une seule matière. La chaleur vient d'un arc électrique, d'une flamme ou du passage d'un courant entre deux électrodes. Les procédés, leurs numéros et leurs défauts sont détaillés dans le chapitre « Procédés de soudage » de la matière Chaudronnerie. Ici, on regarde ce que le soudage change sur une pièce.

La chaleur

Autour du cordon, le métal a chauffé sans fondre : c'est la zone affectée thermiquement (ZAT). Sa dureté et sa résistance peuvent y être différentes du reste de la pièce.

Les déformations

En refroidissant, le cordon se rétracte et tire la pièce : une plaque se voile, une équerre se ferme. Une pièce plane avant soudage ne l'est plus forcément après.

Les contraintes internes

Même sans déformation visible, le métal reste « tendu » près du cordon. Un usinage ultérieur peut libérer ces tensions et faire bouger la pièce.

La surface

Projections, calamine, peinture ou revêtement brûlés autour du cordon : il faut nettoyer, et souvent reprendre la protection anticorrosion.

D'où une règle de gamme très courante : on soude d'abord, on usine ensuite les surfaces précises. Un alésage H7 usiné puis chauffé par une soudure voisine peut sortir de sa tolérance. Si on vous demande de souder près d'une surface finie, signalez-le avant de commencer.

À ne pas confondre : le brasage assemble avec un métal d'apport qui fond à plus basse température que les pièces, qui, elles, ne fondent pas. Il chauffe moins et permet d'assembler certains métaux différents.

On ne soude que si l'on est formé, et, pour les pièces qui l'exigent, qualifié pour le procédé et la matière. Un permis de feu peut être exigé hors de l'atelier de soudage.
En maintenance, placez la pince de masse au plus près de la soudure, sur la pièce soudée : le courant de soudage ne doit jamais traverser un roulement, un réducteur ou une carte électronique.
Les fumées de soudage sont dangereuses, encore plus sur les tôles galvanisées ou peintes : aspiration à la source, et protection des yeux contre le rayonnement pour vous et vos voisins.

4. Le collage structural

Un collage structural transmet des efforts, il ne se contente pas de tenir une étiquette. Il assemble sans percer ni chauffer, répartit l'effort sur toute la surface, étanche le joint et permet d'unir des matériaux différents : métal, plastique, composite, verre. Sa limite : il ne pardonne pas une préparation bâclée. Presque tous les décollements viennent de la surface ou du temps de prise.

  1. 1.Lire la fiche technique de la colle et sa fiche de données de sécurité : préparation, proportions, temps, température, protections.
  2. 2.Dégraisser avec le solvant préconisé, abraser légèrement pour donner de l'accroche, puis dépoussiérer. Ensuite, on ne touche plus les surfaces avec les doigts.
  3. 3.Pour une colle à deux composants, mélanger dans les proportions de la fiche, souvent avec une buse mélangeuse. Le mélange commence à durcir dès cet instant.
  4. 4.Appliquer et assembler dans le temps indiqué, puis maintenir les pièces en position sans chasser toute la colle du joint.
  5. 5.Attendre : le temps de manipulation avant de déplacer la pièce, et la polymérisation complète avant de la charger. Un atelier froid ralentit la prise.
Durée d'utilisation
temps pendant lequel la colle mélangée reste utilisable
Temps de manipulation
délai avant de pouvoir déplacer l'assemblage sans le décaler
Polymérisation complète
délai avant que le joint atteigne sa résistance ; il se lit sur la fiche

Un joint collé travaille bien quand les pièces glissent l'une sur l'autre, en cisaillement. Il résiste mal quand on l'ouvre par un bord, en pelage. Portez gants et lunettes adaptés : beaucoup de colles irritent la peau et les yeux.

5. Le sertissage et l'emmanchement

Ces deux assemblages tiennent par la déformation ou par le serrage du métal, sans chaleur ni apport.

Le sertissage

On écrase une pièce sur une autre avec un outil à matrices : cosse sur un câble électrique, embout sur un flexible hydraulique, bord roulé d'un couvercle. La matrice doit correspondre à la section et à la référence de la pièce à sertir. Un sertissage raté ne se reprend pas : on coupe et on recommence.

L'emmanchement

On enfonce en force une pièce dans un logement légèrement plus petit : bague, douille, roulement. On le fait à la presse, bien dans l'axe, en appuyant sur la bague qui est serrée. Le frettage, qui s'aide de la chaleur, est traité dans le chapitre « Goupilles, cannelures, frettage et collage ».
Un coup de marteau direct sur une bague ou un roulement abîme les portées et fausse l'alignement : utilisez une presse ou un outil de montage adapté, et un tube qui appuie sur la bonne bague.

6. La corrosion galvanique

Quand deux métaux différents se touchent et qu'un liquide conducteur les relie (eau de pluie, condensation, eau salée, liquide de coupe), ils forment une pile. Le métal le moins noble devient l'anode : il se dissout peu à peu. Le plus noble devient la cathode : il est protégé. C'est la corrosion galvanique, ou effet de pile.

Schéma : rivet en acier dans une tôle d'aluminium recouverte d'une goutte d'eau : l'aluminium se corrode autour du rivet (anode), l'acier est protégé (cathode), courant d'électrons de l'aluminium vers l'acier ; à droite, classement indicatif des métaux en eau de mer, du moins noble au plus noble : magnésium, zinc, aluminium, acier et fonte, cuivre et laiton, inox passif, titane
Sans humidité, pas de pile : le sec et l'isolation entre métaux sont les deux premières parades.

Rivet acier dans de l'aluminium

L'aluminium, moins noble, se corrode autour du rivet : c'est lui qui se sacrifie, et la tôle se perce autour de l'assemblage. Pour des tôles en aluminium, on prend des rivets en aluminium.

Petit contre grand

Une petite pièce moins noble au contact d'une grande surface plus noble s'use très vite : un rivet en aluminium dans une tôle en inox peut disparaître en peu de temps.

Le zinc qui se sacrifie

Le même effet protège l'acier galvanisé : le zinc, moins noble, se corrode à la place de l'acier. C'est une protection voulue.

Les parades

Même famille de métal ; sinon, isoler les deux métaux (rondelle isolante, mastic, peinture, joint) et empêcher l'eau de stagner.

7. Choisir un assemblage

Le choix revient au bureau d'études, mais savoir le raisonner vous aide à repérer une erreur. Posez les questions dans cet ordre.

  1. 1.Faudra-t-il démonter pour l'entretien ? Si oui, ce n'est pas un assemblage de ce chapitre : vis, goupille ou clavette.
  2. 2.A-t-on accès des deux côtés ? Si non, rivet aveugle ou collage.
  3. 3.La pièce supporte-t-elle la chaleur ? Pièce déjà usinée, traitée ou peinte : on évite le soudage.
  4. 4.Les matériaux sont-ils différents ? Collage, rivet ou sertissage, en surveillant la corrosion galvanique.
  5. 5.Faut-il de l'étanchéité ? Soudage, collage, rivet étanche à bout fermé.
  6. 6.Qui peut le faire, avec quels moyens ? Pince à riveter, poste et soudeur qualifié, colle et temps de prise, presse ou pince à matrices.

8. Pour aller plus loin

À retenir
  • Non démontable = on détruit l'élément d'assemblage pour démonter : rivet, soudure, joint collé, sertissage.
  • Rivet aveugle : pose d'un seul côté ; perçage au diamètre du fabricant ; longueur choisie selon la plage de serrage et l'épaisseur réelle.
  • Soudage : chaleur, déformations et contraintes ; on soude d'abord, on usine ensuite ; pince de masse au plus près, jamais à travers un roulement.
  • Collage : dégraisser, abraser, respecter les proportions et les temps de la fiche ; travailler en cisaillement, pas en pelage.
  • Sertissage avec la bonne matrice ; emmanchement à la presse, dans l'axe, sur la bonne bague.
  • Deux métaux différents + humidité = pile : le moins noble se corrode. Même famille de métal ou isolation, et au sec.

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